LETTRE PREMIÈRE. — DE LA MOTTE A FÉNELON
Il se montre sensible au souvenir et à l'estime de l'archevêque de Cambrai.
Paris, 28 août 1713.
Monseigneur, Je viens de voir entre les mains de M. l'abbé Dubois un extrait d'une de vos lettres où vous daignez vous souvenir de moi : elle m'adonne une joie excessive: et je vous avoue franchement qu'elle a été jusqu'à l'orgueil. Le moyen de s'en défendre, quand on reçoit quelque louange d'un homme aussi louable et autant loué que vous l'êtes? Je n'en suis revenu, monseigneur, qu'en me disant à moi-même que vous aviez voulu me donner des leçons sous l'apparence d'éloges, et qu'il n'y avoit là que de quoi m'encourager; c'en est encore trop de votre part, monseigneur, et je vous en remercie avec autant de reconnaissance que d'envie d'en profiter. Je me proposerai toujours votre suffrage dans ma conduite et dans mes écrits, comme la plus précieuse récompense où je puisse aspirer. J'ai grand regret à la lettre que vour. m'avez fait l'honneur de m'écrire, et que je n'ai pas reçue; je ne puis cependant m'en tenir malheureux, puisque cet accident m'a attiré de votre part une nouvelle attention dont je connois tout le prix. De grâce, monseigneur, continuez-moi des bontés qui me sont devenues nécessaires depuis que je les éprouve.
Je suis, monseigneur, avec le plus profond respect et le plus parfait dévouement, etc.
Votre très-humble et très-obéissant serviteur,