‹ Œuvres choisies (volume 4)Chapitre 162 sur 183 · II. — DE FÉNELON A LA MOTTE · texte numérisé non relu

II. — DE FÉNELON A LA MOTTE

Sur les défauts de la poésie françoise, et sur la traduction de l'Iliade envers françois, que La Motte étoit sur le point de publier.

Cambrai, 9 septembre 1713.

Les paroles qu'on vous a lues , monsieur, ne sont point des compliments; c'est mon cœur qui a parlé. Il s'ouvriroit encore davantage avec un grand plaisir, si j'étois à portée de vous entretenir librement. Vous pouvez faire de plus en plus honneur à la poésie françoise par yos ouvrages; mais cette poésie, si je ne me trompe, auroit encore

t. Depuis cardinal et ministre, (éd.)

besoin de certaines choses, faute desquelles elle est un peu gênée, el elle n'a pas toute l'harmonie des vers grecs et latins. Je ne saurais décider là-dessus, mais je m'imagine que si je vous proposois mes doutes dans une conversation, vous développeriez ce que je ne pourrais démêler qu'à demi. On m'a dit que vous allez donner au public une traduction d'Homère en françois. Je serai charmé de voir un si grand pot* le parler notre langue. Je ne doute point ni de la fidélité de la version, ni de la magnificence des vers. Notre siècle vous aura obligation de lui faire connoître la simplicité des mœurs antiques, et la naïveté avec laquelle les passions sont exprimées dans cette espèce de tableau. Cette entreprise est digne de vous; mais comme vous files capable d'atteindre à ce qui est original, j'aurois souhaité que vous eussiez fait un poème nouveau, où vous auriez mêlé de grandes leçons avec de fortes peintures. J'aimerois mieux vous voir un nouvel Homère que la postérité traduiroit, que de vous voir le traducteur d'Homère même. Vous voyez bien que je pense hautement pour vous : c'est ce qui vous convient. Jugez par là, s'il vous plaît, de la grande eslime, du goût, et de l'inclination très-foite avec laquelle je veux r>tr<* parfaitement tout à vous, monsieur, pour toute ma vie.

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