‹ Œuvres choisies (volume 4)Chapitre 170 sur 183 · X. — De Fénelon a La Motte · texte numérisé non relu

X. — De Fénelon a La Motte

Sur ht dispute des anciens et des modernes.

Cambrai, 22 novembre 1714.

Chacun se peint sans y penser, monsieur, dans ce qu'il écrit. La lettre que j'ai reçue au retour d'un voyage ressemble a tout ce que j'entends dire de votre personne. Aussi ce portrait est-il Tait de bonne main. Il nie donnerait un vrai désir de voir celui qu'il représente. Votre conversation doit être encore plus aimable que vos écrits : mais Paris vous relient; vos amis disputent à qui vous aura, et ils ont raison. Je ne pourrais vous espérer à mon tour que par un enlèvement de la main de M. Destouches

Omitte miraribeatx Fumum, et opes, strepitumque Itom.v.

Plerumque grat.r divilibus vices'.

Nous vous retiendrions ici comme les preux chevaliers étoient retenus par enchantement dans les vieux châteaux. Ce qui est de réel est que vous seriez céans libre comme chez vous, et aussi aimé que vous l'êtes par vos anciens amis. Je serois charmé de vous entendre raisonner avec autant de justesse sur les questions les plus épineuses de la Ihéologie, que sur les ornements les plus fleuris de la poésie. Vous sa \e/. (j'en ai la preuve en main) transformer le poète en théologien. D'un côté, vous avez réveillé l'émulation pour les prix d" l'Académie par un discours d'une très-judicieuse critique et d'un tour très-élégant; de l'autre, vous réfutez en peu de mots, dans la lettre que je garde, une très-fausse et très-dangereuse notion du libre arbitre, qui impose en nos jours à un grand nombre de gens d'esprit.

Au reste, monsieur, je me trouve plus heureux que je ne l'espérois. Est-il possible que je contente les deux partis des anciens et des modernes, moi qui craignois tant de les lâcher tous deux? Me voilà tenté de croire que je ne suis pas loin du juste milieu, puisque chacun des deux partis me fait l'honneur de supposer que j'enire dans son véritable sentiment. C'est ce que je puis désirer de mieux, étant fort éloigné de l'esprit de critique et de partialité. Encore une fois, j'abandonne sans peine les dieux et les héros d'Homère; mais ce poète ne les a pas faits, il a bien fallu qu'il les prît tels qu'il les trou voit; leurs défauts ne sont pas les siens Le monde idolâtre et sans philosophie ne lui fournissoit que îles dieux qui déshonoraient la divinité, et que des héros qui n'étoient guère honnêtes gens. C'est ce défaut de religion solide et de pure morale qui a fait dire à saint Augustin 5 sur ce poète : Dulcissime vanus est.... Humana ad deos transferebai . Mai; enfin la poésie est, comme la peinture, une imitation. Ainsi Homère atteint au vrai but de l'art quand il représente les objets avec grâce,

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