‹ Œuvres choisies (volume 4)Chapitre 172 sur 183 · XI. — De La. Motte a Fénelon · texte numérisé non relu

XI. — De La. Motte a Fénelon

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Paris, 13 décembre 1744.

Monseigneur, Le parti en est pris, je me ferai enlever par M. Destouches, de-; qu'il voudra bien se charger de moi, et j'irai me livrer aux enchantements de Cambrai. Vous voulez bien m'y promettre de la liberté et de l'amitié. Je profiterai si bien de l'une et de l'autre, que je vous en se.rai peut-être incommode. Je vous engagerai à parler de toutes les choses que j'ai intérêt d'apprendre; et je ne rougirai point de vous découvrir toute mon ignorance, puisque l'amitié vous intéresse à m'instruira. Pour l'affaire d'Homère, il me semble, monseigneur, qu'elle e-4 presque vidée entre vous et moi. J'ai prétendu seulement que l'absurdité du paganisme, la grossièreté de son siècle et le défaut de philosophie, lui avoient fait faire bien des fautes; vous en convenez, et je conviens aussi avec vous que ces fautes soni celles de son temps, et non pas les siennes. Vous adoptez encore le jugement que saint Augustin porte d'Homère. Il dit de ce poète qu'il est très-agréablement frivole : le frivole tombe sur les choses, l'agréable tombe en partie su;

1. Horat., Sertn., lib. II, sat. vi, v. 65-74. — 2. Virg., Ed. VI. v. 27-2K

37b i'.OKRESPONDANCE LITTÉRAIRE

i . ipression : ,.| puisque eus censufl adeot jamais (|u'aux cho

.■■ voilà d'accord avec siini Augustin et avec vous. Mais, mon- ,' . r mine une douce dispute est l'âme de la conversation, je m'attends bien, quand j'aurai l'honneur île în'entretenn avec vous, a r là-dessus de petites querelles. Je vous dirai, par exemple, qu'Homère a eu tort de donner à un homme aussi \iaeux qu'Achille des qualités si brillantes, qu'on l'admire plus qu'on ne le haï: à mon aviSj tendre un piège à la vertu de ses lecteurs, que de les intéresser pour des méchants. Vous me répondrez, j'insisterai; les choses s'éclaircrront, et je prévois avec plaisir que je finirai toujours par me rendre. Nous passerons de là aux matières plus impoi tantes. La raison me parlera par votre bouche, et vous conuoîtrez à mou intention si je l'aime. Voilà l'enchantement que je me promet?, et malheur à qui nie viendra désenchanter !

Je suis, monseigneur, avec tous les sentiments que vous me connoissez, etc.

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