‹ Œuvres choisies (volume 4)Chapitre 65 sur 183 · LXXVII. — PHILIPPE II ET PHILIPPE III · texte numérisé non relu

LXXVII. — PHILIPPE II ET PHILIPPE III

Bien de si pernicieux aux rois que de se laisser entraîner par l'ambition et la flatterie.

Philippe il. — Eh bien, mon fils, avez-vous gouverné l'Espagne selon mes maximes? Vous n'osez répondre; quoi donc! est-il arrivé quelque grand malheur? Les Maures sont-ils entrés une seconde fois en Espagne?

Philippe m. — Non, l'Espagne est tout entière.

Philippe ii. — Quoi donc! les Indes se sont-elles révoltées? parlez.

Philippe m. — Non.

Philippe n. — Henri IVa-t-ilpris le royaume de Naples? j'appréhendois fort ce prince pendant ma vie.

Philippe m. — Point du tout.

Philippe n. — Je ne saurois comprendre ce qui est arrivé; éclaircissez-moi.

Philippe m — Je suis obiigé d'avouer moi-même mon imbécillité;

car en suivant vos maximes j'ai ruiné l'Espagne. En voulant abaisseï les grands, je leur ai donné de là jalousie, en sorte qu'ils se sont ligués et se sont élevés au-dessus de moi. Cela a fait que je suis tomlir dans une si grande foiblesse que je n'avois presque plus d'autoriU dant ce temps-là, le prince Maurice a réduit sous sa puissance la meilartie des Pays-Bas', et j'ai été obligé de conclure avec lui un traité honteux par lequel je lui laissai une partie de la Gueldre, la Hollande, la Zélande, Zulphen, Utrecht, West-Frise, Groningue et ovfM-Yssel, etc.

PHILIPPE il. — Hélas! dans quels malheurs avez-vous jetez l'Espagne!

Philippe ni. — J'avoue qu'ils sont grands; mais ils ne sont arrivés qu'eu suivant votre politique. En voulant rabaisser l'orgueil des grands, je l'ai élevé; vous avez vous-même donné commencement à la puissance des Hollandois par le commerce....

Philippe ii. — Comment?

PHiLippR m. — Lorsque vous conquîtes le Portugal, les Portugais faisoient tout le commerce des Indes; quelque temps après, les Hollandois s'étant révoltés, vous voulûtes les empêcher de venir à Lisbonne. Ne sachant donc que devenir, ils allèrent prendre les marchandises à la source et enfin ruinèrent le commerce des Portugais.

Philippe h. — Pendant ma vie, mes courtisans m'éle voient cela jusqu'aux cieux; je reconnois à présent mes fausses maximes et ma fausse politique, et qu'il n'y a rien de plus pernicieux aux rois que de se laisser entraîner par l'ambition et par la flatterie.

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