‹ Œuvres choisies (volume 4)Chapitre 98 sur 183 · RÉPONSE DE M. BERGERET · texte numérisé non relu

RÉPONSE DE M. BERGERET

noître aux jeunes princes leurs véritables obligations, et pour leur dire de 1m maniera la plus louchante que rien ne peut leur être plus glorieux que d'aimer les peuples et d'en être aimés.

L'obligation de vous acquitter d'une fonction si importante fit aussitôt briller en vous toutes ces rares qualité! d'espnt dont OR n'avoit vu qu'une partie dans vos exercices de piété ; une vaste étendue de connoissances en tout genre d'érudition, sans confusion et sans embarras ; un juste discernement pour en faire l'application et l'usage; un agrément et une facilité d'expression qui vient de la clarté et de la netteté des idées; une mémoire dans laquelle, comme dans une bibliothèque qui vous suit partout, vous trouvez à propos les exemples et les faits historiques dont vous avez besoin ; une imagination de la beauté de celle qui fait les plus grands hommes dans tous les arts, et dont on sait, par expérience, que la force et la vivacité vous rendent les choses aussi présentes qu'elles le sont à ceux mêmes qui les ont devant les yeux.

Ain-i vous possédez avec avantage tout ce qu'on pouvoit souhaiter, non-seulement pour former les mœurs des jeunes princes, ce qui est, sans comparaison , le plus important, mais encore pour leur polir et leur orner l'esprit; ce que vous faites avec d'autant plus de succès, que, par une douceur qui vous est propre, vous avez su leur rendre le travail aimable, et leur faire trouver du plaisir dans l'étude.

L'expérience ne pouvoit être plus heureuse qu'elle l'a été jusqu'ici, puisque ces jeunes princes, si dignes de leur naissance, la plus auguste du monde, sont avancés dans la connoissance des choses qu'ils doivent savoir, bien au delà de ce qu'on pouvoit attendre; et ils font déjà l'honneur de leur âge, l'espérance de l'État, et le désespoir de nos ennemis.

Celui de ces jeunes princes que la Providence a destiné à monter un joue sur le trône est un de ces génies supérieurs qui ont un empire naturel sur les autres, et qui, dans l'ordre même de la raison, semblent être nés pour leur commander.

On peut dire que la nature lui a prodigué tous ses dons : vivacité d'esprit, beauté d'imagination, facilité de mémoire, justesse de discernement; et c'est par là qu'il est adiairé chaque jour des courtisans les plus sages, principalement dans les reparties vives et ingénieuses qu'il fait à toute heure sur les différents sujets qui se présentent.

Jusqu'où n'ira point un si heureux naturel, aidé et soutenu d'un» excellente éducation ! Il est déjà si au-dessus de son âge, qu'en ne jugeant des choses que par les choses mêmes, on ne croiroit jamais que les traductions qu'il a faites fussent les ouvrages d'un jeune prince de dix ans, tant il y a de bon sens, de justesse et de s-tyle.

Quel sujet d'espérance et de joie pour tous ceux qui suivent les lettres, de voir ce jeune prince qui se platt ainsi à les cultiver lui-même, et qui, dans un âge si tendre, semble déjà vouloir partager avec César la gloire que ce conquérant s'est acquise par ses écrits!

Vous saurez, monsieur, vous servir heureusement d'une si belle in-

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