‹ Œuvres choisies (volume 4)Chapitre 99 sur 183 · DIRECTEUR DE L*ACADÉMIE · texte numérisé non relu

DIRECTEUR DE L*ACADÉMIE

clination pour lui parler en faveur des lettres, pour lai en faire voir l'importance et la nécessité dans la politique, pour lui dire que c'est en aimant les lettres qu'un prince les fait fleurir dans ses États, qu'il y fait naître de grands hommes pour tous les grands emplois, et qu'il ;t toujours l'avantage de vaincre ses ennemis par le discours et par la raison; ce qui n'est pas moins glorieux, et souvent beaucoup plus utile que de les vaincre par la force et par la valeur.

Vous lui parlerez aussi quelquefois de l'Académie françoise. Vous lui ferez entendre qu'encore qu'elle semble n'être occupée que sur les mots, il faut pour cela qu'elle connoisse distinctement les choses dont les mots sont les signes; qu'il n'y a que les esprits naturellement grossiers qui n'ont aucun soin du langage; que de tout temps les hommes se sont distingués les uns des autres par la parole, comme ils sont distingués de tous les animaux par la raison; et qu'enfin l'établissement de cette compagnie, dans le dessein de cultiver la langue, a été i'un des plus grands soins du plus grand ministre que la France ait jamais eu, parce qu'il comprenoit parfaitement combien les choses dépendent souvent des paroles et des expressions, jusque-là même que les choses les plus saintes et les plus augustes perdent beaucoup de la vénération qui leur est due, quand elles sont exprimées dans un mauvais langage.

Ce serait donc un grand avantage pour notre siècle, au-dessus de tous ceux qui l'ont précédé , si l'Académie françoise , comme il y a lieu de l'espérer, pouvoit fixer le langage que nous parlons aujourd'hui, et l'empêcher de veillir.

Ce serait avoir servi utilement l'Église et l'État, si, avec le secours d'un dictionnaire que le public verra dans peu de mois, la langue n'étoit pas sujette à changer; et si les grandes actions du roi, qui, pour être trop grandes, perdent beaucoup de leur éclat par la foiblesse de l'expression, n'en perdoient plus rien dans la suite par le changement du langage.

Il est vrai que, quoi qu'il arrive de notre langue, la gloire de Louis le Grand ne périra jamais. Le monde entier en est le dépositaire; et les autres nations ne sauraient écrire leur propre histoire sans parler de ses vertus et de ses conquêtes.

On ne peut pas douter que sa dernière campagne ne soit déjà écrite dans chacune des langues de tant d'armées différentes, qui s'étoient jointes pour le combattre, et qui l'ont ^u triompher.

Il n'est pas non plus possible que l'histoire la plus étrangère et la plus ennemie ne parle avec éloge, je ne dis pas seulement des grands avantages que nous avons remportés, je dis même de la perte que nous avons faite : car si les vents ont été contraires au projet le plus sage, le mieux pensé, le plus digne d'un roi protecteur des rois, et si quelques-uns de nos vaisseaux sont péris faute de trouver un port, c'a été après être sortis glorieusement d'un combat où ils dévoient être accablés par le nombre, et après l'avoir soutenu avec tant de courage, tant de fermeté, tant de valeur, que la plus insigne victoire mériterait d'être moins louée.

300 RÉPONSE DE M. BEKGKRET,

Le prodige de la prise de Narniir |K:ut-il aussi manquer d'être écrit dans toutes ses admirables circonstances? Déjà longtemps avant que ce grand événement étonnât le monde, nos ennemis, qui le croyaient impossible, avoient dit tout ce qui se pouvoit dire pour le faire admiii encore davantage après qu'il serait arrivé. Ils avoient eux-mêmes publié partout que Namur étoit une place imprenable; ils souhaitoient que la France fût assez téméraire pour en entreprendie le siège; et quand ils y virent le roi en personne, ils crurent que ce sage prince n'agissoit plus avec la même sagesse. Ils se réjouirent publiquement d'un si mauvais conseil, qui ne pouvoit avoir, selon eux, qu'un malheureux succès pour nous.

C'étoit le raisonnement d un prince qui passe pour un des plus grands politiques du monde, aussi bien que de tous les autres princes qui commandoient sous lui l'armée ennemie. Et il faut leur rendre justice : quand ils raisonnoient ainsi sur l'impossibilité de prendre Namur, ils raisonnoient selon les règles. Ils avoient pour eux toutes les apparences, la situation naturelle de la place, les nouvelles défenses que l'art y avoit ajoutées, une forte garnison au dedans, une puissante armée au dehors, et encore des secours extraordinaires qu'ils n'avoient point espérés : car il sembloit que les saisons déréglées et les éléments irrités fùSssent entrés dans la ligue; les eaux des pluies avoient changé les campagnes en marais, et la terre, dans la saison des fleurs, n'étoit couverte que de frimas. Cependant, malgré tant d'obstacles, ce Namur imprenable a été pris sur son rocher inaccessible, et à la vue d'une armée de cent mille hommes.

Peut-on douter après cela que nos ennemis mêmes ne parlent de cette conquête avec tous les sentiments d'admiration qu'elle mérite? Et puisqu'ils ont dit tant de l'ois qu'il étoit impossible de prendre cette place, il faut bien maintenant qu'ils disent, pour leur propre honneur, qu'elle a été prise par une puissance extraordinaire, qui tient du prodige, et à laquelle ne peuvent résister ni les hommes ni les éléments.

Mais de toutes les merveilles de ce fameux siège, la plus grande est sans doute la constance héroïque et inconcevable avec laquelle le roi en a soutenu et surmonté tous les travaux. Ce n'étoit pas assez pour lui de passer ses jours à cheval, il veilloit encore une grande partie de la nuit; et, après avoir commandé à ses principaux officiers d'aller prendre du repos, lui seul recommençoit tout de nouveau à travailler. Roi, ministre d'État ei «éneral d'armée tout ensemble, il n'avoit pas un seul moment sans une affaire de la dernière importance, ouvrant lui-même les lettres, faisant les réponses, donnant tous les ordres, et entrant encore dans tous its ditails de l'exécution.

Quelle ample matière à cetie agissante vertu qui lui est naturelle, avec laquelle il suffit tellement à tout, que jusqu'à présent l'État n'a rien encore souffert par la perte des ministres! Ils disparoissent et quittent les plus grandes places sans laisser après eux le moindre vide : tout :;e suit, tout se fait comme auparavant, parce que c'est toujours Louis le Grand qui gouverne.

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Jl revient enfin, après cette heureuse conquête, au milieu de ses peuples; il revient faire cesser les craintes et les alarmes où ils étoient d'avoir appris qu'il entroit chaque jour si avant dans les périls, qu'un jeune prince de son sang avoitété bles-é à ses côtés.

A peine fut-il de retour, que les ennemis voulurent profiter de son éloignement; mais ils connurent bientôt que son armée, toute pleinf de l'ardeur qu'il lui avoit inspirée, étoil une armée invincible.

Peut-on en avoir une preuve plus illustre et plus éclatante que le combat de Steinkerque ? Le temps, le lieu, favorisoient les ennemis, et déjà ils nous avoient enlevé quelques pièces de canon, quand nos soldats, indignés de cette perte, courant sur eux l'épée à la main, renversèrent toutes leurs défenses, entrèrent dans leurs rangs, y portèrent l'épouvante et la mort, prirent tout ce qu'ils avoient de canons, et remportèrent enfin une victoire d'autant plus glorieuse, que les ennemis avoient cru d'abord l'avoir gagnée.

Tous ces merveilleux succès seront marqués dans l'histoire cornait les effets naturels de la sage conduite du roi et des héroïques vertus par lesquelles il se fait aimer de ses sujets, d'un amour qui, -en combattant pour lui, va toujours jusqu'à la fureur : mais lui-même, par un sentiment de piété et de religion, en a rapporté toute la gloire à Dieu; il a voulu que Dieu seul ait été loué: et il n'a pas même permis que, suivant la coutume, les compagnies soient allées le complimenter sur de si grands événements. Je dois craindre après cela de m'exposer à en dire davantage, et j'ajouterai seulement que plus ce grand prince fuit la louange, plus il fait voir qu'il en est digne.

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