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Oeuvres choisies

Il n'y a peut-être pas d'histoire particulière qui soit plus intéressante que celle de Fénelon. Ce n'est pas qu'elle soit remplie par de grands événements; car Fénelon a passé toute sa vie sur le seuil de la politique, sans jamais exercer, même indirectement, le pouvoir, et il n'a jamais gouverné que son diocèse. Mais ce prêtre, ce prélat, qui a eu le rare et précieux privilège de rendre la vertu aimable, a laissé une mémoire vénérée même parmi les incrédules; il a, comme écrivain, une place à part, et au premier rang , et dans un genre où on ne peut lui comparer personne; il a mêlé, dans sa politique, à beaucoup de chimères, beaucoup de vues hardies et fécondes: enfin, il a pris une grande part, et quelquefois une part tout à fait principale, aux trois grandes luttes de la liberté religieuse pendant le dix-huitième siècle : le protestantisme, le quiétisme, et le jansénisme. Nos contemporains, qui lisent à peine les classiques, et qui même en ont réduit le nombre, pour en avoir plus vite fait avec eux. se contentent d'admirer Fénelon comme une sorte de rival de saint Vincent de Paul, et de savoir qu'il a écrit, avec une éloquence un peu languissante, des ouvrages autrefois célèbres. Ils pensent que le Télémaque est un ennuyeux chef-d'œuvre, moins long et plus élégant que le Grand Cyrus, et ils se gardent bien de jeter les yeux sur la polémique relative à Mme Guyon et à ['Explication des maximes des saints, parce qu'ils n'ont ni goût ni aptitude pour la spiritualité et les discussions purement théologiques. Ils ne se doutent pas que toutes les questions traitées par Fénelon sont encore vivantes, et que notre pauvre humanité ne fait qu'agiter les mêmes problèmes, de siècle en siècle, sous des noms nouveaux.

François de Salignac de La Mothe-Fénelon naquit au château de Fénelon en Périgord, le 6 août 1651. Bossaet avait alors vingt-quatre ans, étant né la même année que Molinos, en 1627.

Pons de Salignac, ou de Salagnac, comte de La Mothe-Fénelon, et père de l'archevêque de Cambrai, avait épousé en premières noces Isabelle d'Esparbès de Lussan, fille du maréchal d'Aubeterre, et il en avait des enfants qui étaient déjà au service, lorsqu'il épousa Louise de laTrape de Saint-Abre, fille du marquis de Saint-Abre et dont le frère fut tué en 1673 au combat de Sintzheim, où il servait comme lieutenant général sous les ordres de Turenne. Fénelon fut le fruit de ce second mariage. Nous n'insisterions pas sur la noblesse de sa famille, qui avait

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