II NOTICE SUR FÉNELON
produit avant lui un grand nombre d'évêques, de généraux et d'ambassadeurs, si cette circonstance ne servait à expliquer le caractère aristocratique des réformes rêvées par Fénelon.
Élevé jusqu'à l'âge de douze ans dans la maison paternelle, il acheva ensuite ses humanités dans l'université de Cahors, et prit, malgré sa grande jeunesse, les grades nécessaires pour entrer dans l'Église. Le marquis Antoine de Fénelon, son oncle, l'appela à Paris, où il acheva ses études au collège du Plessis. C'est là qu'il connut l'abbé de Noailles, depuis archevêque de Paris et cardinal, dont il fut si longtemps l'ami et si longtemps l'adversaire. On rapporte que Fénelon, comme Bossuet, prêcha dans les sociétés de Paris dès l'âge de quinze ans. C'était alors la mode de faire prêcher devant de belles dames les jeunes gens qui se destinaient à l'Église et dont le talent jetait un éclat prématuré. Cette coutume ne doit pas surprendre dans un temps où ce qu'il y avait de plus brillant et de plus frivole à la cour s'étouffait aux sermons de Bourdaloue, et où les écrits de controverse étaient dans les mains de toutes les femmes.
Le hasard avait bien servi Fénelon, en le mettant sous la protection de son oncle. Le marquis était foncièrement religieux, quoique grand seigneur et officier de réputation, et il recevait chez lui les hommes les plus distingués par leur position dans le monde, leur piété et leur caractère personnel. Fénelon y connut entre autres Bossuet, qui eut longtemps pour lui un attachement paternel, et le duc de Beauvilliers, d'abord son protecteur, puis son ami, et enfin son disciple. Saint Vincent de Paul, qui venait de mourir en 1660, avait fait partie de cette société, ainsi que M. Olier, fondateur de la congrégation de Saint-Sulpice. Le marquis perdit son fils unique, tué au siège de Candie en 1669. Il ne lui resta qu'une fille, mariée depuis au marquis de Montmorency-Laval, qui fut la constante amie de Fénelon. Elle était pour lui comme une sœur, et le marquis, surtout depuis la perte de son fils, eut pour lui tous les sentiments d'un père.