LIVRE XVI
la vertu, qui sont les seuls durables, vous entretiendront dans une paix profonde, et vous rendront redoutables à tous les peuples voisins qui penseroient à s'agrandir. Vous voyez, ô Dauniens, que nous avons donné à votre terre et à votre nation un roi capable d'en élever la gloire jusqu'au ciel: donnez aussi, puisque nous vous le demandons, une terre, qui vous est inutile, à un roi qui est digne de toute sorte de secours. »
Les Dauniens répondirent qu'ils ne pouvoient rien refuser à Télémaque, puisque c'étoit lui qui leur avoit procuré Polydamas pour roi. Aussitôt ils partirent pour l'aller chercher dans son désert et pour le faite régner sur eux. Avant que de partir, ils donnèrent les fertiles plaines d'Arpine à Diomède pour y fonder un nouveau royaume. Les alliés en furent ravis, parce que cette colonie des Grecs pourroit secourir puissamment le parti des alliés, si jamais les Dauniens vouloient renouveler les usurpations dont Adraste avoit donné le mauvais exemple. Tous les princes ne songèrent plus qu'à se séparer. Télémaque, les larmes aux yeux, partit avec sa troure, après avoir embrassé tendrement le vaillant Diomède, le sage et inconsolable Nestor, et le fameux Philoctète, digne héritier des flèches d'Hercule.