LIVRE IX
a Comment se refuser aux prières du plus juste et du plus humain des rois? répondit Ulysse à Alcinoùs. Ne vaudroit-il pas mieux cependant entendre Démodocus , dont les chants égalent par leur douceur celui des immortels? Non, je ne connois rien de plus agréable que de voir régner l'aisance et la joie dans tout un peuple, que de le voir goûter paisiblement les plaisirs de la table et de la musique : c'est l'image ravissante du bonheur.
a Ne seroit-ce pas le troubler, ce bonheur, ne seroit-ce pas réveiller tous mes chagrins, que de vous raconter l'histoire de mes malheurs? Par où commencer ce triste récit, et par où dois-je le finir? car il est peu de traverses que les dieux ne m'aient fait éprouver.
« Je vous dirai d'abord mon nom; daignez le retenir. Si les dieux me protègent contre les malheurs qui me menacent encore, malgré la longue distance qui sépare ma patrie de la vôtre, accordez-moi de vous demeurer toujours uni par les liens de l'hospitalité.
a Je suis Ulysse, Ulysse fils de Laërte. J'ai acquis quelque réputation par mon adresse et ma prudence; les dieux mêmes ont applaudi à mon courage et à mes succès dans la guerre. Ma patrie est l'île d'Ithaque,