‹ Œuvres choisies (volume 5)Chapitre 20 sur 236 · XVIII NOTICE SUR FËNELON · texte numérisé non relu

XVIII NOTICE SUR FËNELON

hiérarchie ecclésiastique; mais le guiétisme poussé à l'excès n'allait à rien moins qu'à supprimer les actes les plus ordinaires et les plus essentiels de la religion, par un excès de religiosité ou, si l'on veut, de sentimentalité religieuse; et le jansénisme au contraire, austère, aride, raisonneur, détruisait en principe la liberté humaine, et pourtant fondait en pratique l'individualisme, en exaltant la puissance du jugement humain et en cherchant des faux-fuyants pour échapper à la toute-puissance ecclésiastique. Rome se trouvait donc menacée de toutes parts: les protestants niaient son autorité, les gallicans la diminuaient, les quiétistes , en la reconnaissant, en s'y soumettant, la rendaient inutile, et les jansénistes disputaient contre elle, lui cédaient en principe, la repoussaient dans la pratique, la rendaient illusoire par la voie des interprétations, des ajournements et des appels au futur concile. Il est aisé de comprendre pourquoi, de ces divers ennemis, les quiétistes étaient ceux qu'elle craignait le moins. La querelle du protestantisme était renouvelée par la révocation de l'édit de Nantes, celle du gallicanisme par Bossuet, le quiétisme par Fénelon, le jansénisme par le P. Quesnel. Fénelon prit peu de part aux deux premières : il est vrai qu'il fut directeur des Nouvelles converties et missionnaire dans le Poitou; mais la propagande par la voie de la prédication est dans le génie du catholicisme, elle est la conséquence de toute conviction religieuse; elle est de droit commun, de droit philosophique. Fénelon était trop jeune et trop obscur pour avoir conseillé la révocation de ledit de Nantes. Il paraît, par ses lettres et par sa conduite, qu'il n'en désapprouvait pas le principe et qu'il trouvait seulement qu'on excédait, dans la pratique, les bornes de la charité et de la saine politique. Quant au gallicanisme, il se soumit sans approuver. Il publia tardivement un ouvrage de controverse, qui même ne porte pas sur le point principal de la discussion, c'est-à-dire sur l'intervention du pouvoir temporel dans les rapports réciproques du pape et des évêques. Au contraire, il prit une part très-active à la polémique contre le P. Quesnel. et surtout il fut le principal défenseur du quiétisme. Si l'on ne connaît pas bien la question du quiétisme, on ne connaît ni le talent, ni l'âme, ni le rôle de Fénelon. C'est beaucoup plus que la moitié de sa vie et de son œuvre.

L'attention publique n'est pas aujourd'hui tres-préoccupée par le pur amour, et on a quelque peine à comprendre qu'au dix-huitème siècle, et fort peu de temps avant la Révolution, toute la société française ait été profondément remuée par la querelle de Fénelon et de Bossuet sur ces matières abstraites. La forme des questions est toujours contemporaine, et le fond en est toujours éternel. On se passionnait au dix-huitième siècle pour mille détails qui tenaient aux personnes, et mille subtilités qui tenaient aux diverses formes de la discussion, au caractèie propre des discutants; ces détails ont disparu, mais le mysticisme n'a pas disparu avec eux. et il naîtra toujours des âmes mystiques et des esprits positifs pour les combattre. 11 est fort puéril de ne voir jamais que l'écorce d'une polémique; c'est le moyen de ne connaître ai l'histoire ni la nature humaine. On trouve des gens qui étu-

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