‹ Œuvres choisies (volume 5)Chapitre 204 sur 236 · II. — Histoire de la reine Cisèle et de la fée Corysante · texte numérisé non relu

II. — Histoire de la reine Cisèle et de la fée Corysante

II étoit une fois une reine nommée Gisèle oui avoit heaiusonn d'esprit et un grand royaume. Son païais etoit tout ae marore; ie ion eiort d argent; tous les meubles qui sont ailleurs de fer ou de cuivre étoient couverts de diamants. Cette reine étoit fée; et elle n'a voit qu'à faire des souhaits, aussitôt tout ce qu'elle vouloit ne manquoit pas d'arriver .1 n y avo.t qu un seul point qui ne dépendoit pas d'elle; c'est qu'elle avoit cent ans, et elle ne pouvoit se rajeunir. Elle avoit été plus bp'lle que le jour, et elle étoit devenue si laide et si horrible, que les eens mêmes qui venoient lui faire la cour cherchoient, en lui parlant des prétextes pour tourner la tête, de peur de la regarder. Elle étoit toute courbée, tremblante, boiteuse, ridée, crasseuse, chassieuse, toussant et crachant toute la journée avec une saleté qui faisoit bondir le cœur Elle étoit borgne et presque aveugle; ses yeux de travers avoient une bordure d ecarlate : enfin elle avoit une barbe grise au menton. En cet fn^'ia ne.p07o,t se re?arder elle-même, et elle avoit fait casser tous les miroirs de son palais. Elle n'y pouvoit souffrir aucune jeune personne d une figure raisonnable. Elle ne se faisoit servir que par .>es gens borgnes, bossus boiteux et estropiés. Un jour on présenta à la reine une jeune fille de quinze ans, d'une merveilleuse beauté nommée Corysante. D'abord elle se récria : « Qu'on ôte cet objet de 'devant

fiîhf FM' a'f> a T"re de Cette jeune fille lui dit: «Madame, ma mie est fée, et elle a le pouvoir de vous donner en un moment toute sa jeunesse et toute sa beauté. » La reine, détournant ses yeux, répondit ■ « Eh bien, que faut-il lui donner en récompense? - Tous vos trésors-" et votre couronne même, lui répondit la mère. - C'est de quoi je na me dépouillerai jamais, s'écria la reine; j'aime mieux mourir. » Cette offre ayant ete rebutée, la reine tomba malade d'une maladie qui la rendo.t s, puante et si infecte, que ses femmes n'osoient approcher délie pour la servir, et que ses médecins jugèrent qu'elle mourroit dans peu de jours. Dans cette extrémité, elle envoya chercher la jeune mie, et la pria de prendre sa couronne et tous ses trésors, pour lui donner sa jeunesse avec sa beauté. La jeune fille lui dit : . Si je prends votre couronne et vos trésors, en vous donnant ma beauté et mon â-e je deviendrai tout à coup vieille et difforme comme vous. Vous n'avez pas voulu d'abord faire ce marché, et moi j'hésite à mon tour pour savo.r si je dois le faire. » La reine la pressa beaucoup; et comme la jeune fille sans expérience étoit fort ambitieuse, elle se laissa toucher au p.a.sir d être reine. Le marché fut conclu. En un moment Gisèle se redressa, et sa taille devint majestueuse; son teint prit les plus belles couleurs; ses yeux parurent vifs; la fleur de la Jeunesse se réoandit

LTrfInSage: 6 " Charma t0Ute Passemblée- Mais il fallut airelle se retirât dans un village et sous une cabane, étant couvene ae naulons Corysante, au contraire, perdit tous ses agréments, et devint hideuse

Elle demeura dans ce superbe palais et commanda en reine. Dès qu'elle se vit dans un miroir, elle soupira et dit qu'on n'en présentât jamais aucun devant elle. Elle chercha à se consoler par ses trésors. Mais son or et ses pierreries ne l'empêchoient point de souffrir tous les maux de la vieillesse. Elle vouloit danser, comme elle étoit accoutumée à le faire avec ses compagnes, dans des prés fleuris, à l'ombre des bocages; mais elle ne pouvoit plus se soutenir qu'avec un bâton. Elle vouloit faire des festins; mais elle étoit si languissante et si dégoûtée, que les mets les plus délicieux lui faisoient mal au cœur. Elle n'avoit même aucune dent, et ne pouvoit se nourrir que d'un peu de bouillie. Elle vouloit entendre des concerts de musique, mais elle étoit sourde. Alors elle regretta sa jeunesse et sa beauté, qu'elle avoit follement quittées pour une couronne et pour des trésors dont elle ne pouvoit se servir. De plus, elle qui avoit été bergère, et qui étoit accoutumée à passer les jours à chanter en conduisant ses moutons, elle étoit à tout moment importunée d'affaires difficiles qu'elle ne pouvoit point régler. D'un autre côté Gisèle, accoutumée à régner, à posséder tous les plus grands biens, avoit déjà oublié les incommodités de la vieillesse; elle étoit inconsolable de se voir si pauvre. «Quoi! disoit-elle, serai-je toujours couverte de haillons? A quoi me sert toute ma beauté sous cet habit crasseux et déchiré? A quoi me sert-il d'être belle, pour n'être vue que dans un village, par des gens si grossiers? On me méprise ; je suis réduite à servir et à conduire des bêtes. Hélas! j'étois reine; je suis bien malheureuse d'avoir quitté ma couronne et tant de trésors! Oh ! si je pouvois les ravoir ! Il est vrai que je mourrois bientôt; eh bien ! les autres reines ne meurent-elles pas? Ne faut-il pas avoir le courage de souffrir et de mourir, plutôt que de faire une bassesse pour devenir jeune? u Corysante sentit que Gisèle regrettoit son premier état, et lui dit qu'en qualité de fée elle pouvoit faire un second échange. Chacune reprit son premier état. Gisèle redevint reine, mais vieille et horrible. Corysante reprit ses charmes et la pauvreté de bergère. Bientôt Gisèle accablée de maux, s'en repentit et déplora son aveuglement. Mais Corvsante, qu'elle pressoit de changer encore, lui répondit: a J'ai maintenant éprouvé les deux conditions; j'aime mieux être jeune et manger du pain noir, et chanter tous les jours en gardant mes moutons, que d'être reine comme vous dans le chagrin et dans la douleur, a

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