IX. — La patience et Véducation corrigent bien des défauts
Une ourse avoit un petit ours qui venoit de naître. Il étoit horriblement laid. On ne reconnoissoit en lui aucune figure d'animal: c'étoit une masse informe et hideuse. L'ourse, toute honteuse d'avoir un tel fils, va trouver sa voisine la corneille, qui faisoit un grand bruit par son caquet sous un arbre. « Que ferai-je, lui dit-elle, ma bonne commère, de ce petit monstre? j'ai envie de l'étrangler. — Gardez- vous-en bien, dit la causeuse : j'ai vu d'autres ourses dans le même embarras que vous. Allez; léchez doucement votre fils; il sera bientôt joli, mignon et propre à vous faire honneur. » La mère crut facilement ce qu'on
lui disoit en faveur de son fils. Elle eut la patience de le lécher longtemps. Enfin il commença à devenir moins difforme, et elle alla remercier la corneille en ces termes : « Si vous n'eussiez modéré mon impatience, j'aurois cruellement déchiré mon fils, qui fait maintenant tout le plaisir de ma vie. »
0 que l'impatience empêche de biens et cause de maux !