XVII. — Le lièvre qui fait le brave
Un lièvre, qui étoit honteux d'être poltron, cherchoit quelque occasion de s'aguerrir. Il alloit quelquefois par un trou d'une haie dans le.' choux du jardin d'un paysan, pour s'accoutumer au bruit du village. Souvent même il passoit assez près de quelques mâtins, qui se contentoient d'aboyer après lui. Au retour de ces grandes expéditions, il se croyoit plus redoutable qu'Alcide après tous ses travaux. On dit même qu'il ne rentroit dans son gîte qu'avec des feuilles de laurier et faisoit l'ovation. Il vantoit ses prouesses à ses compères les lièvres voi«
sins. Il représentait les dangers qu'il avoit courus, les alarmes qu'il avoit données aux ennemis, les ruses de guerre qu'il avoit faites en expérimenté capitaine, etsurtout son intrépidité héroïque. Chaque matin il remercioit Mars et Eellone de lui avoir donné des talents et un courage pour dompter toutes les nations à longues oreilles. Jean Lapin , discourant un jour avec lui, lui dit d'un ton moqueur: a Mon ami, je te voudrois voir avec cette belle fierté au milieu d'une meute de chiens courants. Hercule fuiroit bien vite et feroit une laide contenance. — Moi, répondit notre preux chevalier, je ne reculerois pas, quand toute la gent chienne viendrait m'attaquer. » A peine eut-il parlé, qu'il entendit un petit tournebroche d'un fermier voisin, qui glapissoit dans les buissons assez loin de lui. Aussitôt il tremble, il frissonne, il a la fièvre, ses yeux se troublent comme ceux de Paris quand il vit Ménélas qui venoit ardemment contre lui. Il se précipite d'un rocher escarpé dans une profonde vallée, où il pensa se noyer dans un ruisseau. Jean Lapin, le voyant faire le saut, s'écri* de son terrier: a Le voilà, ce foudre de guerre! le voilà, cet Hercule qui doit purger la terre de tous les monstres dont elle est pleine!»