NOTICE SUR FÉNELON. XXXV
là-dessus pour me tirer d'oppression. Je n'ai plus rien à ménager pour elle; la vérité seule me retient. »
Les cardinaux condamnèrent vingt-trois propositions sur vingt-huit. Le pape, toujours favorable à Fénelon, fit rédiger le décret par les cardinaux Noris, Ferrari et Albani, qui partageaient son sentiment. Mais sur les réclamations des amis de Bossuet, il ne put se dispenser de leur adjoindre le cardinal Casanate, qui rendit les termes du décret plus durs. Innocent XII essaya de remplacer la censura par douze canons, c'est-à-dire par une simple déclaration doctrinale; cette mesure inusitée fut repoussée par le sacré collège. Le décret fut donc signé par le pape, malgré lui, le jeudi 12 mars 1699. Une lettre menaçante de Louis XIV pour le presser n'arriva que le lendemain.
Le décret ne satisfaisait pas Bossuet. Il ne portait ni la qualification d'hérétique sentant l'hérésie , ni le brûlement de l'écrit condamné. Cependant, il n'insista pas, de peur de tout perdre, a Prenons-le tel qu'il est. On le fera valoir du mieux qu'il sera possible. » C'est que le pape ne parlait de rien moins que de ne pas prononcer le nom de Fénelon.
Voici le texte des vingt-trois propositions condamnées :
I. Il y a un état habituel d'amour de Dieu qui est une charité pure et sans aucun mélange du motif de l'intérêt propre. Ni la crainte des châtiments ni le désir des récompenses n'ont plus de part à cet amour: on n'aime plus Dieu ni pour le mérite, ni pour la perfection, ni pour le bonheur qu'on doit trouver en l'aimant.
II. Dans l'état de vie contemplative ou unitive on perd tout motif intéressé de crainte ou d'espérance.
III. Ce qui est essentiel dans la direction est de ne faire que suivre pas à pas la grâce avec une patience, une précaution et une délicatesse infinies. Il faut se borner à laisser faire Dieu et ne parler jamais du pur amour que quand Dieu, par l'onction intérieure, commence à ouvrir le cœur à cette parole qui est si dure aux âmes encore attachées à elles-mêmes et si capable de les scandaliser ou de les jeter dans le trouble.
IV. Dans l'état de la sainte indifférence, l'âme n'a plus de désirs volontaires et délibérés pour son intérêt, excepté dans les occasions où elle ne coopère pas fidèlement à toute sa grâce.
V. Dans cet état de la sainte indifférence, on ne veut rien pour soi^ mais on veut tout pour Dieu; on ne veut rien pour être parfait ni bienheureux pour son propre intérêt, mais on veut toute perfection et toute béatitude autant qu'il plaît à Dieu de nous faire vouloir ces choses par l'impression de sa grâce.
VI. En cet état, on ne veut plus le salut comme salut propre, comme délivrance éternelle, comme récompense de nos mérites, comme le plus grand de tous nos intérêts; mais on le veut d'une volonté pleine, comme la gloire et le bon plaisir de Dieu, comme une chose qu'il veut et qu'il veut que nous voulions pour lui.
VII. L'abandon n'est que l'abnégation ou renoncement de soi-même que Jésus-Christ nous demande dans l'Évangile après que nous aurons