XXXVI NOTICE SUR FENELON
tout quitté ai dehors. Cette abnégation de nous-mêmes n'est que pour l'intérêt propre. Les épreuves où cet abandon doit être exercé sont les tentations par lesquelles Dieu jaloux veut purifier l'amour en ne lui faisant voir aucune ressource ni aucune espérance pour son intérêt propre, même éternel.
VIII. Tous les sacrifices que les âmes les plus désintéressées font d'ordinaire sur leur béatitude éternelle sont conditionnels.... Mais ce sacrifice ne peut être absolu dans l'état ordinaire: il n'y a que le cas des dernières épreuves où ce sacrifice devient en quelque manière absolu.
IX. Dans les dernières épreuves, une âme peut être invinciblement persuadée, d'une persuasion réfléchie et qui n'est pas le fond intime de la conscience, qu'elle est justement réprouvée de Dieu.
X. Alors l'âme, divisée d'avec elle-même, expire sur la croix avec Jésus-Christ en disant : « 0 mon Dieu, pourquoi m'avez-vous abandonnée?» Dans cette impression involontaire de désespoir, elle fait le sacrifice absolu de son intérêt propre pour l'éternité.
XI. En cet état, une âme perd toute espérance pour son propre intérêt, mais elle ne perd jamais dans la partie supérieure, c'est-à-dire dans ses actes directs et intimes, l'espérance parfaite qui est le désir désintéressé des promesses.
XII. Un directeur peut alors laisser faire a cette ame un acquiescement simple à la perte de son intérêt propre et à la condamnation juste où elle croit être de la part de Dieu.
XIII. La partie inférieure de Jésus-Christ sur la croix ne communiquait pas à la supérieure son trouble involontaire '.
XIV. Il se fait dans les dernières épreuves, pour la purification de l'amour, une séparation de la partie supérieure de l'âme d'avec l'inférieure.... Les actes de la partie inférieure dans cette séparation sont d'un trouble entièrement aveugle et involontaire, parce que tout ce qui est intellectuel et volontaire est de la partie supérieure.
XV. La méditation consiste dans des actes discursifs qui sont faciles à distinguer les uns des autres. Cette composition d'actes discursifs et réfléchis est propre à l'exercice de l'amour intéressé.
XVI. Il y a un état de contemplation si haute et si parfaite qu'il devient habituel, en sorte que toutes les fois qu'une âme se met en actuelle oraison, son oraison est contemplative et non discursive; alors elle n'a plus besoin de revenir à la méditation nia ses actes méthodiques.
XVII. Lésâmes contemplatives sont privées de la vue distincte, sensible et réfléchie de Jésus-Christ, en deux cas différents.... Premièrement, dans la ferveur naissante de leur contemplation.... Secondement, une âme perd de vue Jésus-Christ dans les dernières épreuves.
XVIII. Dans l'état passif, on exerce toutes les vertus: on ne pense en chaque moment qu'à faire ce que Dieu veut; et l'amour jaloux fait tout ensemble qu'on ne veut plus être vertueux pour soi, et qu'on ne l'est jamais tant que quand on n'est plus attaché à l'être.
i. Fénelon a constamment protesté ava^t le jugement qu'il n'admettait pas Gette proposition, et ses amis considérèrent comme un déni de justice le fait de l'avoir insérée ians la censure.