‹ Œuvres choisies (volume 5)Chapitre 39 sur 236 · Affaire du jansénisme · texte numérisé non relu

Affaire du jansénisme

La guerre du mysticisme est le champ de bataille particulier de Fénelon. C'est là qu'il a déployé toutes les grandes qualités de son esprit, et montré dans tout son jour son grand et noble caractère. C'est une guerre importante par le sujet débattu, par l'acharnement du combat, par la qualité des champions : un Fénelon, un Bossuet, un Louis XIV. Ajoutons Mme Guyon à cette grande liste, car il faut qu'on soit juste au moins une fois envers elle. Mais cette guerre, après tout, toute grande qu'elle est, ne remue pas d'armée; il n'y a que des généraux. Fénelon et Mme Guyon, en réunissant leurs troupeaux, n'auraient pas compté plus d'une vingtaine de brebis. Le gros du public ne s'intéressait guère à l'action que comme les spectateurs dans un théâtre. Si Bossuet avait eu moins de génie et Fénelon moins de ressources, on les aurait laissés se pourfendre dans la solitude. Il y eut bien quelques persécutions; Fénelon perdit la faveur du roi et fut relégué dans son diocèse, persécution à tout prendre assez douce; Mme Guyon et le P. Lacombe furent très-réellement et très-durement maltraités; le P. Lacombe en perdit la raison, il en mourut. Cela fait tout au plus trois victimes; c'est bien peu pour une querelle religieuse. Enfin l'affaire ne fut sérieusement engagée que pendant quatre ou cinq ans.

Le jansénisme au contraire a une très-grande place dans l'histoire de l'Église, par l'importance des questions en litige, parle génie et le courage des principaux chefs, par une longue mêlée où tout ce qu'il y avait d'important et de puissant dans le clergé et dans la magistrature dut prendre part, et enfin par le nombre incroyable des adhérents et des victimes. VAugustinus fut publié, après la mort de son auteur Jansénius, en 1640. Il fut condamné, pour la première fois, en 1642. L'abbé de Saint-Cyran, Duvergier de Hauranne, l'ami et le confident de Jansénius. entreprit de défendre sa doctrine et sa mémoire; il y fut aidé par le docteur Arnauld, tout jeune encore, plein de science, de talents et d'impétuosité, frère d'un évêque, oncle d'un ministre, tenant à tout ce qu'il y avait de grand et d'illustre dans la robe, inaccessible à la faveur et à la crainte, infatigable, inébranlable, enfin l'idéal d'un chef de parti, s'il avait eu plus de prudence. Le monastère de Port-Royal, dont ses sœurs et ses nièces furent abbesses, fut mêlé à ses combats, à sa gloire et à ses malheurs. Quand il ne fut plus possible de disputer sur la doctrine, à la suite des condamna-

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