‹ Œuvres choisies (volume 5)Chapitre 40 sur 236 · XL NOTICE SUR FENELON · texte numérisé non relu

XL NOTICE SUR FENELON

tions les plus formelles, on disputa sur le sens des propositions de Jansénius, qu'on prétendit ne pas contenir la doctrine condamnée; on distingua le droit et le fait, et le pape ayant voulu contraindre les opposants à se soumettre sur le fait comme sur le droit, on déclara qu'il allait au delà des privilèges de sa mission apostolique, on appela du pape au concile, ou plutôt au futur concile. Le roi voulut en finir avec une querelle qui menaçait Tunité de l'Église . et le pape, entrant dans ses vues, accepta, sans y regarder de trop près, les soumissions des évêques opposants, se déclara satisfait, proclama la paix de l'Eglise, et fit frapper une médaille pour célébrer ce grand événement. On était en 1669; vingt-sept ans s'étaient écoulés depuis la condamnation de YAugustinus.

Pendant les années qui suivirent, les jansénistes prirent le sage parti d'éviter les occasions de dispute; le pape, les évêques, le roi luimême, fermèrent les yeux sur ce qui ne s'affichait pas trop hautement L'émotion produite un instant par une ordonnance de l'évêque d'Angers, Henri Arnauld, le frère d'Antoine, fut promptement apaisée. Près de trente ans se passèrent ainsi, non pas précisément dans la paix, mais au moins dans le silence.

Le P. Quesnel, oratorien, ami d'Antoine Arnauld, avait publié en 1671 un fort petit volume in-12 qui contenait seulement la traduction des quatre Evangiles, avec de très-courtes réflexions sur chaque verset. Cela s'appelait : Abrégé de la morale de l'Évangile, ou Pensées chrétiennes sur le texte des quatre évangélistes. Félix de Vialard, évêque de Châlonssur-Marne, approuva ce livre et l'adopta pour son diocèse. De nombreuses éditions suivirent, et toujours avec de nouveaux développements. En 1693, il ne comptait pas moins de quatre forts volumes. Les jansénistes, toujours subsistants, toujours unis, s'arrachaient ces quatre volumes, qu'ils appelaient les Quatre grands frères. Ils s'étaient fait pour se cacher, pour se reconnaître, pour se serrer, un langage à eux, connu des seuls adeptes. L'édition de 1695 fut approuvée par M. de Noailles, alors évêque de Châlons. En 1699, il était archevêque de Paris, lorsque parut sous ses auspices une nouvelle édition, revue par ses soins. Pendant tout ce temps ni le pape ni le roi n'avaient condamné les Réflexions morales. Quelques voix isolées d évêques ou de docteurs s'étaient seules élevées contre elles. Un incident survenu en 1696 avait excité les craintes de M. de Noailles. Dès sa nomination à l'archevêché de Paris, il avait condamné, comme janséniste, un livre de Martin de Barcos, intitulé Exposition de la foi catholique. Le livre condamné par M. de Noailles comme janséniste, l'était en effet; mais le livre du P. Quesnel, approuvé à Châlons l'année précédente par le même M. de Noailles, l'était aussi. Dom Thierry de Viaixnes, bénédictin, fit paraître un Problème ecclésiastique sur la question de savoir s'il fallait se fier à M. de Noailles, évêque de Châlons, approuvant le jansénisme dans le P. Quesnel, ou à M. de Noailles, archevêque de Paris, condamnant le jansénisme dans Martin de Barcos. M. de Noailles fut à la fois averti et effrayé. Quand on présenta à son approbation l'édition des Réflexions morales de 1699, il la fit exa-

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