‹ Œuvres choisies (volume 5)Chapitre 47 sur 236 · NOTICE SUR FÉNELON. XL VU · texte numérisé non relu

NOTICE SUR FÉNELON. XL VU

Il en est de même des idées de Fénelon sur la tolérance. Il était partisan très -convaincu et très- déclaré du principe de la religion d*État; il regardait très-sincèrement les dissidents comme des révoltés; il croyait que le prince avait le droit de les punir; il lui en faisait un devoir. Seulement, il condamnait l'exercice rigoureux de ce droit; il regardait la persécution comme inutile et périlleuse à certains égards. Il ne croyait pas à l'efficacité de la force en matière de conscience. Il ne croyait pas non plus à la compétence du pouvoir civil. Il voulait la séparation des deux pouvoirs, à la double condition que l'Église catholique fût le seul pouvoir spirituel et que l'Etat se chargeât de faire exécuter ses décrets. Il résumait en ces termes sa doctrine sur les rapports des deux pouvoirs : « Le prince punit les novateurs contre l'Église. L'Église affermit le prince en exhortant les sujets et en excommuniant les rebelles. »

11 était ultramontain. Les libertés de l'Église gallicane étaient à ses yeux a libertés à l'égard du pape, servitudes envers le roi. »

Il pensait que les fondateurs du gallicanisme avaient confondu le droit de résister aux entreprises illégitimes du pape sur le temporel avec un prétendu droit de s'opposer à sa suprématie légitime sur le spirituel.

« C'est un abus, dit-il, de permettre au pape de se mêler du temporel; et c'est un abus de vouloir que les laïques discutent et examinent les bulles sur la foi. »

Comme il admettait la religion d'État et la royauté absolue de droit divin, il admettait aussi, non comme utile seulement, mais comme légitime, la distinction de la nation en trois ordres.

Il ne se contentait pas pour le clergé des privilèges que lui donnait la constitution française et qui étaient 1° d'être le premier ordre de l'État, 2° de siéger, avec voix délibérative, dans les états généraux quand il plaisait au roi de les convoquer.

Il voulait que tous les évêques fussent de droit membres de toutes les assemblées politiques de tous les degrés et qu'il y en eût toujours quelques-uns dans le conseil du roi.

Il était aussi partisan très-zélé des droits de la noblesse.

Il voulait qu'on fit une recherche rigoureuse des faux nobles et des vrais qui usurpaient des titres et des honneurs au-dessus de leur état véritable; que le nombre des ducs et pairs fût limité; que les titres fussent régulièrement concédés et la hiérarchie observée entre eux; qu'il n'y eût plus d'anoblissements, si ce n'est dans des cas très- rares et pour des services très-illustres; que les mésalliances, dans les deux sexes, fussent sévèrement défendues.

Il proposait de réserver aux seuls nobles les Ordres du Saint-Esprit et de Saint-Michel; de leur permettre le commerce ; de les introduire dans la magistrature ; de les préférer aux non nobles pour toutes les charges, et de remplacer le plus tôt possible dans les parlements les magistrats en robe par des juges d'épée.

Il demandait en outre des lois somptuaires et différentes pour les t/ois ordres.

XLVm NOTICE SUR FÉNELON.

Ayant ainsi fortement constitué les droits de la religion, ceux du roi et de la noblesse, il entrait dans des réformes d'une autre nature, ayant pour but de rendre le gouvernement moins onéreux et moins oppressif.

Il proposait de supprimer les fermiers en gabelle, la capitation et la dîme royale; de faire voter et lever les impôts par des assemblées primaires, dans chaque diocèse, appelées assiettes, et composées de l'évêque, des seigneurs et de représentants du tiers.

Au-dessus de Yassiette, il plaçait partout des états provinciaux, composés de la même manière; et, au-dessus des états provinciaux, des états généraux. Les états provinciaux surveillaient les travaux des assiettes, et les états généraux surveillaient les états provinciaux, révisaient leurs comptes, etc. C'était là leur attribution principale. Ils héritaient en outre du droit de remontrance attribué précédemment aux parlements.

Ils se composaient de tous les évêques, d'un seigneur et d'un membre du tiers par diocèse. Les élections devaient être absolument libres. Aucun député ne pouvait recevoir d'avancement dans les trois ans qui suivaient sa législature. Les états se rassemblaient de droit tous les trois ans et siégeaient tant qu'il y avait affaires.

Pour l'administration proprement dite, il souhaitait un premier ministre, qui centralisât tout le travail, des gouverneurs nobles résidants, la suppression des intendants, l'institution de mùsi dominici.

Il inclinait à la liberté du commerce, parce qu'il croyait les produits français supérieurs aux produits étrangers.

Les réformes qu'il proposait dans les bâtiments, les beaux-arts, le luxe de la cour et la réduction des pensions données à titre pratuit, ont moins de caractère. Il aurait certainement gouverné en honnête homme, à mains très-nettes, laborieux, avare des deniers publics et ami de la justice. Mais il est clair que ceux qui ont voulu le rattacher aux idées libérales ne l'avaient pas lu.

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