‹ Œuvres choisies (volume 5)Chapitre 90 sur 236 · LIVRE m · texte numérisé non relu

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Mentor et Télémaque s'avancent vers le vaisseau phénicien arrêté auprès de l'ile de Calypso; ils sont accueillis favorablement par Adoam, frère deNarbal, commandant de ce vaisseau. Adoam , reconnoissant Télémaque , lui promet aussitôt de le reconduire à Ithaque. Il lui raconte la mort tragique de Pygmalion, roi de Tyr, et d'Astarbé-, puis l'élévation de Baléazar, que le tyran son père avoit disgracié, à la persuasion de cette femme. Télémaque, à son tour, fait le récit de ses aventures depuis son départ de Tyr. Pendant un repas qu'Adoam donne à Télémaque et à Mentor. Achiloas, par les doux accords de sa voix et de sa lyre, assemble autour du vaisseau les tritons, les néréides, toutes les autres divinités de la mer, et les monstres marins eux-mêmes. Mentor, prenant une lyre, en joue avec tant d'art, qu'Achiloas, jaloux, laisse tomber la sienne de dépit. Adoam raconte ensuite les merveilles de la Bétique. Il décrit la douce température de l'air et toutes les richesses de ce pays, dont les peuples mènent la vie la plus heureuse dans une parfaite simplicité de mœurs.

Le vaisseau qui étoit arrêté et vers lequel ils s'avançoient étoit un vaisseau phénicien qui alloit dans l'Épire. Ces Phéniciens avoient vu Télémaque au voyage d'Egypte, mais ils n'avoient garde de le reconnoître au milieu des flots. Quand Mentor fut assez près du vaisseau pour faire entendre sa voix, il s'écria d'une voix forte en élevant la tête au-dessus de l'eau : « Phéniciens, si secourables à toutes les nations, ne refusez pas la vie à deux hommes qui l'attendent de votre humanité. Si le respect des dieux vous touche, recevez-nous dan* votre vaisseau; nous irons partout où vous irez. ■ Celui qui commandoit répondit : a Nous vous recevrons avec joie: nous n'ignorons pas ce qu'on doit faire pour des inconnus qui paroissent si malheureux. » Aussitôt on les reçoit dans le vaisseau.

A peine y furent-ils entrés que, ne pouvant plus respirer, ils demeurèrent immobiles; car ils avoient nagé longtemps et avec effort pour résister aux vagues. Peu à peu ils reprirent leurs forces : on leuf donna d'autres habits parce que les leurs étoient appesantis par l'eau qui les avoit pénétrés et qui couloit de tous côtés. Lorsqu'ils furent en état de parler, tous ces Phéniciens empressés autour d'eux voulurent savoir leurs aventures. Celui qui commandoit leur dit : a Comment avez-vous pu entrer dans cette Ile d'où vous sortez? Elle est, dit-on, possédée par une déesse cruelle qui ne souffre jamais qu'on y aborde. Elle est même bordée de rochers affreux centre lesquels la mer va follement combattre, et on ne pourroit en approcher sans faire naufrage. — Aussi est-ce par un naufrage, répondit Mentor, que nous y avons été jetés. N us sommes Grecs; notre patrie est l'Ile d'Ithaque, voisine de l'Épire, où vous allez Quand même vous ne voudriez pas relâcher en Ithaque, qui est sur votre route, il nous suffiroit que vous nous menassiez dans l'Épire; nous y trou\erons des amis qui auront soin de nous faire faire le court trajet qui nous restera, et nous vous devrons à jamais la joie de revoir ce que nous avons de plus cher au monde. »

Ainsi c'étoit Mentor qui portoit la parole, et Télémaque, gardant Je

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