‹ Œuvres choisies (volume 5)Chapitre 97 sur 236 · LIVRE VU · texte numérisé non relu

LIVRE VU

« qui vous nourriront; vojs en tirerez des fruits qui valent mieux « que l'or et que l'argent, puisque les hommes ne veulent de l'or et de « l'argent que pour en acheter les aliments qu>" soutiennent leur vie. »

« Nous avons souvent voulu leur apprendre la navigation, et mener Jes jeunes hommes de leur pays dans la Phéoicie; mais ils n'ont jamais voulu que leurs enfants apprissent à vivre comme nous. « Ils apprenez droient, nous disoient-ils, à avoir besoin de toutes les choses qui a. vous sont devenues nécessaires : ils voudroient les avoir; ilsabandon- « neroientla vertu pour les obtenir par de mauvaises industries. Ils dece viendroient comme un homme qui a de bonnes jambes, et qui, per- « dant l'habitude de marcher, s'accoutume enfin au besoin d'être « toujours porté comme un malade. » Pour la navigation, ils l'admirent à cause de l'industrie de cet art; mais ils croient que c'est un art pernicieux, a Si ces gens-là, disent-ils, ont suffisamment en leur pays « ce qui est nécessaire à la vie, que vont-ils chercher en un autre? Ce « qui suffit aux besoins de la nature ne leur suffit-il pas? Ils méi^tea roient de faire naufrage, puisqu'ils cherchent la mort au milieu des « tempêtes, pour assouvir l'avarice des marchands, et pour flatter les a passions des autres hommes. »

Télémaque étoit ravi d'entendre ces discours d'Adoam, et il se réjouissoit qu'il y eût encore au monde un peuple qui, suivant la droite nature, fût si sage et si heureux tout ensemble. « Ch! combien ces mœurs, disoit-il, sont-elles éloignées des mœurs vaines et ambitieuses des peuples qu'on croit les plus sages l Nous sommes tellement gâtés, qu'à peine pouvons-nous croire que cette simplicité si naturelle puisse être véritable. Nous regardons les mœurs de ce peuple comme une belle fable, et il doit regarder les nôtres comme un songe monstrueux.»

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