DIALOGUE X^XI
DENYS, PYTfflAS et DAMON.
La véritable vertu ne peut aimer que la vertu.
DENTS
O dieux ! qu'est-ce qui se présente à mes yeux?
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c'est Pythias qui arrive ici, c'est Pythias luimême. Je ne Taurois jamais cru. Ha ! c'est lui , il vient pour mourir et pour dégager son ami.
PYTHIAS
Oui , c'est moi. Je n'étois parti que pour payer aux dieux ce que je leur avois voué , régler mes affaires domestiques selon la justice, et dire adieu à mes enfants , pour mourir avec plus de tranquillité.
DENTS
Mais pourquoi reviens -tu? Quoi donc! ne crains - tu point la mort ? viens - tu la chercher comme un désespéré , un furieux ?
PYTHIAS
Je viens la souffrir , quoique je ne l'aie point méritée ; je ne puis me résoudre à laisser mourir mon ami en ma place.
DENYS
Tu l'aimes donc plus que toi-même ?
PYTHIAS
Non , je l'aime comme moi ; mais je trouve que je dois périr plutôt que lui, puisque c'est moi que tu as eu intention de faire mourir : il ne seroit pas juste qu'il souffrît pour me délivrer de la mort. Le supplice que tu m'as préparé est -il prêt?
DENYS
Mais tu prétends ne mériter pas plus la mort que lui.
l34 DIAI.OGUES
PYTHIAS
. JI est vrai , nous sommes tous deux également innocents ; et il n'est pas plus juste de me faire mourir que lui,
DENTS
Pourquoi dis-tu donc qu'il ne seroit pas juste qu'il mourût au lieu de toi ?
PTTfllAS.
Il est également injuste à toi de Êiire mourir Damon , ou bien de me faire mourir ; mais Pythias seroit injuste , s'il laissoit souffrir à Damon une mort que le tyran n'a préparée qu'à Pythiàs.
DEIfYS.
Tu ne viens donc au jour marqué que pour sauver la vie à un ami en perdant la tienne ?
PYTHIAS
Je viens à ton égard souffrir une injustice qui est ordinaire aux tyrans ; et , à l'égard de Damon , faire une action de justice en le tirant d'un péril où il s'est mis par générosité pour moi.
DENYS
Et toi, Damon, ne craignois-tu pas, dis la vérité, que Pythias ne revînt point, et de payer pour lui ?
DAMOH.
Je lie savois que trop que Pythias reviendroit ponctuellement , et qu'il craindroit bien plus de manquer à sa parole que de perdre la vie. Plût
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aux dieux que ses proches et ses amis l'eussent retenu malgré lui ! maintenant il seroit la consolation des gens de bien ; et j'aurois celle de mourir pour lui.
DEITTS.
Quoi! la vie te déplaît-elle?
DAMOir.
Oui , elle me déplaît quand je vois un tyran.
DENTS
Hé bien ! tu ne le verras plus. Je vais te faire mourir tput à l'heure.
PTTHIAS.
Excuse le transport d'un homme qui regrette son ami prêt à mourir; mais souviens-toi que c'est moi seul que tu as destiné à la mort. Je viens la souffrir pour dégager mon. ami, ne me refuse pas cette consolation dans ma dernière heure.
DEinrs.
Je ne puis souffrir deux hommes qui méprisent la vie et ma puissance.
DAMOir.
Tu ne peux donc souffrir la vertu.
DEinrs.
Non , je ne puis souffrir cette vertu fière et dédaigneuse qui méprise la vie , qui ne craint aucun supplice, qui est insensible aux richesses et aux plaisirs.
DAMOPr*
Du moins tu vois qu'elle n'est point insensible à l'honneur, à la justice et à l'amitié.
DENTS
Çà, qu'on emmène Pythias au supplice, nous verrons si Damon continuera à mépriser mon pouvoir.