‹ Œuvres choisiesChapitre 43 sur 111 · DIALOGUE XXXIX · texte numérisé non relu

DIALOGUE XXXIX

SYLLA, CATILINA et CÉSAR.

Les funestes suites du vice ne corrigent point les princes corrompus.

SYLLA

Je viens à la hâte vous donner un avis , César ^ et je mène avec moi un bon second pour vous persuader. C'est C^atilina. Vous le connoissez, et vous n'avez été que trop de sa cabale. N'ayez point de peur de nous ; les ombn^ ne font point de mal.

CÉSAR

Je me passerois bien de votre visite; vos figures sont tristes , et vos conseils le seront peutêtre encore davantage. Qu'avez-vous donc de si pressé à me dire?

STLLA.

Qu'il ne faut point que vous aspiriez à la tyrannie.

CÉSAR

Pourquoi ? N'y avez - vous pas aspiré vousmêmes?

STLLA.

Sans doute , et c'est pour cela que nous sommes

'J'iS DIALOGUES

plus croyables quand nous vous conseillons d'y renoncer.

CESAR

Pour moi, je veux vous imiter en tout, chercher la tyrannie comme vous l'avez cherchée, et ensuite revenir comme vous de l'autre monde, après mamort, désabuser les tyrans qui vienditMit en ma place.

SYLLA

Il n'est pas question de ces gentillesses et de ces jeux d'esprit ; nous autres ombres , nous ne voulons rien que de sérieux. Venons au fait. ' J'ai quitté volontairement la tyrannie, et m'en suis bien trouvé. Ggtilina s'est efforcé d'y parvenir, et a succombé malheureusement. Voilà deux exemples bien instructifs pour vous.

CÉSAR

Je n'entends point tous ces beaux exemples. Vous avez tenu là république dans les fer&, et vous avez été assez mal-habile homme pour vous dégrader vous-même. . Après avoir quitté* la suprême puissance, vous êtes demeuré avili, obscur , inutile , abattu. L'homme fortuné fut abandonné de la fortune. Voilà déjà un de vos exemples que je ne comprends point; Pour l'autre , Catilina a voulu se rendre le maître, et a bien fait jusquelà. Il n'a pas bien' su prendre ses mesures, tant

DES/ MORTS. "ing

pis pour lui. Quant à moi , je ne tenterai rien qu'avec de bonnes précautions.

CATILIWA.

J'avois pris les mêmes mesures que vous ; flat^ ter la jeunesse, la corrompre par des plaisirs, l'engager dans des crimes, l'abuner par la dépense et par las dettes, s'autoriser par des femmes d'un esprit intrigant et brouillon. Pouviez-vous mieux faire ?

CÉSAR

Vous dites là des choses que je ne connois point. Chacun fait comme il peut.

CATILIITA.

Vous pouvez éviter les maux où je suis tombé, et je suis venu vous en avertir.

STLLA.

Pour moi, je vous le dis' encore, je me suis bien trouvé d'avoir renoncé, aux affaires avant ma mort.

CESAR

Renoncer aux affaires ! Faut-il abandonner la république dans ses besoins ?

STLLA.

Hé! ce n'est pas ce que je vous dis. U y a bien de la différence entre la servir ou la tyranniser. .

cisAR.

Hé! pourquoi donc avez-vous cessé de la servir?

aSo DIALOGUES

SYLLA

Ho! VOUS ne voulez pas m'entend re. Je dis qu'il faut servir la patrie jusqu'à la mort ; mais qu'il ne faut ni chercher la tyrannie, ni s'y maintenir quand on y est parvenu.

CÉSAR BT CATON.

Le pouvoir despotique et tyrannique, loin cTassurer Ur repos et Tautorité des princes, les rend au contraire malheureux, et entraîne inévitablement leur ruine.

CÉSAR

Hélas! mon cher Caton, te voilà en pitoyable état ! L*horrible plaie !

CATON

Je me perçai moi-même à Utique , après la bataille de Pharsale , pour ne point survivre à la liberté. Mais toi, à qui je fais pitié, d'où vient que tu m'as suivi de si près ? Qu'est-ce que j'aperçois ? combien de plaies sur ton corps ! attends que je les compte; en voilà vingt- trois!

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