‹ Œuvres choisiesChapitre 65 sur 111 · III · texte numérisé non relu

III

3o6 J3IALOGUÈS

t£ ^. DE GALLES*

Voilà une belle naïveté ! Un chien a donc décidé de ton autorité , de ton honneur , de ta vie , et du sort de toute l'Angleterre ! Alors que fis*tu ?

RICHARD

Je pri^t le cQixxtid de me mettre en sûreté contre la fureur de ce peuple.

' LE p. DE GALLES.

Héldsi il ne te manquoit plus que de demander lâchement la vie à l'usurpateur. Te la donna-t-il au moins ?

RICHARD

Oui , d'abord. Il me renferma dans la tour , où j'aurois vécu assez doupement ; mais mes amis me firent plus de mal que mes ennemis: ils voulurent se rallier pour me tirer de captivité et pour renverser l'usurpateur. Alors il se défit de moi malgré lui ; car il n'avoit pas envie de se rendre coupable de ma mort.

LE p. DE GALLES.

Voilà un malheur complet. Mon fils est foible et inégal ; sa vertu mal soutenue le rend méprisable ; il s'allie avec ses ennemis , et soulève ses sujets; il ne prévoit point l'orage; il se décourage dès qu'il est attaqué; il perd les occasions de

punir l'usîurpateur ; il den^ande lâchement }a vie , et ne l'obtient p^s. Ociel, vou5i vous jouez de la gloire des princes et de la prospérité des états 1

DES MORTS. 3o7

Voilà le petit-fils d'Edouard ç[ni a vaincu Philippe et ravagé son royaume! Voilà mon fils, de moi qui ai pris le roi Jean , et fait trembler la France et l'Espagne!

CHARL||^ VII ET JEAN nue de Bourgogne.

La cruauté et la perfidie augmentent les périls , loin de les diminuer.

• LE DUC DE BOURGOGNE

Maintenant cjue toutes nos affaires sont finies, et que nous n'avons plus d'intérêt parmi les vivants, parlons, je vous prie , sans passion : pourquoi me faire assassiner? Un dauphin faire cette trahison à son propre sang, et à son cousin, qui....

CHARLES VII

A son cousin qui vouloit tout brouiller , et qui pensa ruiner la France. Vous prétendiez me ^ut vêrner comme vous aviez gouverné les deux dauphins mes frères qui étoient avant moi.

LE D. DE BOURGOGNE

Mais quoi ! assassiner ! Cela est infâme.

ao.

3o8 DIA.LOGUÈS

CHARLES VII

Assassiner est le plus sûr.

!>£ D. DE BOURGOGNE

Quoi ! dans un lieu où vous m'aviez attiré par les promesses les plus solennelles ! J'entre dans la barrière ( il me semble que j'y suis encore) avec Noailles, frère du captai deBuch: ce perfide Tanneguy du Châtel n^ massacre inhumainement avec ce pauvre Noailles.

CHARLËR.^VII. \

Vous déclamerez tant qu'il vous plaira , mon cousin , je m*en tiens" à ma première tnâxime : quand on a affaire à un homme aussi violent et aussi brouillon qU6 vous l'étiez , assassiner est le plus sûr.

LE D. DE BOURGOGNE

Le plus sûr ! vous n'y songez pais.

CHARLES VII

J*y songe; c'est le plus sûr, vous dis-je.

LE D. DE BOURGOGNE

Est-ce le plus sûr de se jeter dans tous les périls OÙ vous vous êtes précipité en me faisant périr ? Vous vous étés fait plus de mal en mé faisant assassiner , que je n'aurois pu vous en faire.

CHARLES VII

Il y a bien à dire. Si vous ne fussiez mort, j'étois perdu, et la France avec moi.

DtS 1UIORT9. 3o9

LE D. DE BOURGOGNE

Avois-je intérêt de ruiner la France ? Je vQulois la gouverner , et point la détruire ni l'abattre ; il auroit mieux valu souffrir quelque chose de m^ jalousie et de mon ambition. Après tout j'étois de votre sang. Assez près de succéder à la couronne, j'avois un très gfand intérêt d'en conserver la grandeur. Jamais je n'aurois pu me résoudre à me liguer contre la France avec les Anglois ses ennemis;, mais votre trahison et mon massacre mirent moa fils , quoiqu'il fut bon homme, dans une espèce de nécessité de venger ma mort, et de s'unir aux Anglois. Voilà le fruit de votre perfidie: c'étoit de former une Jigue de la maison de Bourgogne avec la reine votre mère et avec les Anglois pour renverser la monarchicfrançoise. La cruauté et la perfidie, bien loin de diminuer les périls, les augmentent sans mesure. Jugez-en par votre propre expérience : ma mort , en vous délivrant d'un ennemi, vous en fit de bien plus terribles , et mit la France dans un état cent fois plus déplorable ; toutes les provinces furent en feu , toute la campagne étoit au pillage; et il a fallu des miracles pour vous tirer de l'abîme où cet exécrable assassinat vous avoit jeté. Après ceb, venez encore me dire d'un ton décisif : Assassiner est le plus sûr.

CHARLES VII

J'avdue que vous m'embarrassez par le raisonnement , et je vois que vous êtes bien subtil et politique ; mais j'aurai ma revanche par les faits. Pourquoi croyez-vous qu'il n'est pas bon d'assassiner ? n'avez-vous pas fait assassiner mon oncle le duc d'Orléans ? Alors vous pensiez sans cloute comme moi , et vous n'étiez pas encore si philosophe.

LE p. DE BOURGOGNE.

Il est vjai, et je m'en suis mal trouvé, comme vous voyez. Une bonne preuve que l'assassinat est un mauvais expédient est dé voir combien il m'a réussi mal.. Si j'eusse laissé vivre le duc d'Orléans , vous n'auriez jamais songé à m'ôter la vie , et je m'en serois fort bien trouvé : celui qui commencé de telles affaires doit prévoir qu'elles finiront par lui ; dès qu'il entreprend sur la vie des autres , la sienne n'a plus un quart d'heure d'assuré.

CHARLES VII

Hé bien ! mon cousin , nous avons tous deux tort. Je n'ai pas été assassiné à mon tour comme vous^ mais j'ai souffert d'étranges malheurs.

DKS MORTS. 3ll

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