‹ Œuvres choisiesChapitre 64 sur 111 · LE P. DE GALLES · texte numérisé non relu

LE P. DE GALLES

Héks! mon cher fils, je te revois ayec douleur; j'espétois pour toi une vie plus longue*, et un règne j4us heureux. Qu'est-ce qui a rendu ta mort si prompte ? N'as-tu point fait la même faute que moi , en ruinant ta s^nté par un excès de travail d^ns ]bi guerre contre la France ?

RICHARD

Non , mon père ; ma santé n'a point manqué ; d'autres malheurs ont fini ma vie.

X£ p. D£ GALLES).

Qut)i donc? quelque traître a-t-il trempé ses main§ dans ton sang ? Si cela est, l'Angleterre, qui ne ma pas oublié , vengera ta mort.

RICHARD

Hélas! mon père, toute JPAi^leterre a été de

Bol DlALOtillÈS

concert pour me déstonorer , pour me dégrader, pour me faire périr.

LE p. DE GALLEà.

O ciel ! qui Fauroil pu croire ? à qui se fier désormais ? Mais qu'as-tu donc fait, mon fils ? n'astu point de tort? dis la vérité à ton père.

RICHARD

Ah ! mon père ! Ils disent que vous ne l'êtes pas, et que je suis fils d'un chanoine de Bordeaux.

LE p. DB GALLES.

C'est de quoi personne ne peut répondre ; mais je ne saurois le croire. Ce n'est pas la conduite de ta mère qui leur donne cette pensée; mais n'est-ce point la tienne qui leur fait tenir ce discours ?

RICHARD

Ils disent que je prie Dieu comme un chanoine , que je ne sais ni conserver l'autorité sur les peuples , ni exercer la justice , ni faire la guerre.

LE p. DE GALLES.

O mon enfant! tout cela est-il vrai ? Il auroit mieux valu pour toi passer ta vie moine à Westminster , que d'être sur le trône avec tant de mépris.

RICHARD

J'ai eu de bonnes intentions , j'ai donné de btJns

DES l^ORTS. 3o3

exemples , j'ai eu même quelquefois assez de vigueur. Par exemple , je fis enlever et exécuter le duc de Glocester mon oncle , qui rallioit tous les mécontents contre moi , et qui m'aurbit détrôné si je ne Teusse prévenu.

LE p. BE GALLES.

Ce coup étoit hardi et peut-être nécessaire ; car je connoissois bien mon frère , qui étoit dissimulé, artificieux , entreprenant , ennemi de l'autorité légitime , propre à raUier une cabale dangereuse* Mais , mon fils , ne lui avois-tu donné aucune prise sur toi ? D'ailleurà , ce coup étcwt-il assez mesuré ? l'as-tu bien soutenu ?

RICHARD

Le duc de Glocester m'accusoit d'être trop uni avec les François ennemis de notre nation ; mon mariage avec la fille de Charles VI , roi de France, servit au duc à éloigner de moi les cœurS des Anglois.

LE p. DE GALLES.

Quoi ! mon fils , tu t'es rendu suspect aux tiens par une alliance avec les ennemis irréconciliables de l'Angleterre ! Et que t'ont-ils donné par ce mariage? as-tu joint le Poitou et la Touraine à la Guienne, pour unir tous nos états de F'rance jusqu'à la Normandie ?

RICHARD

NuUementmais ; j*ai cru qu'il étoit bon d'avoir

3o4 DIALOGUES

hors» de l'Angleteire .un àppvi contre fes Ânglois factieux. . . *

m p. DE GAILSS.

O-m^hebr de l'état! 6 désbimneur de la maison royale ! tu Vas mendier le secours de tes ennemis , qui ' auront tb^jou^8 un intérêt* capital de rabaisser ta puissance! Tu veus;afifermir ton règne en -f^renant des intérêt^ tof^tFaires à ]^ ^grandeur de ta propre nAtioti l Tu ne |e conteniez pas d'être aimé de tes sujets , tu rexA être craint cQ^miae leur ennemi qui s'entend avec les étranger^ pour les opprimer! Hélas ! que sont devenus ces I;>eaux jours où je mis en fuîle'lç t*oi de Fcançe daijs les plaines^eCreci, inondées du sang de trente mille François, et où je pris, un amtrt rorde cette nation aux portes^* de Poitiers ? Oh-! que les temps sont changés! Non, je ne m'étonne plus qu'on t'ait pris pour le fils.d'un chanoine. Mais qui estce qui t'a détrQité ? *

lilCHtRD.

t,e comte d'Erby. ' , .

LE P» DE a ALLES.

Comment ? *-t-il assemblé une armée ? SHt-il gagné totie bataille? *•

RldHARD. :

Rien de tout cela. Ilétoiten FraiTce à cs^e d'une querelle avec le grand maréchal , pour laquelle je l'avois chassé ; Tâlrchevéque Âé Gântor-

BES MORTS. 3o5

béry y passa secrètement , pour l'inviter à entrer dans une conspiration. Il passa par la Bretagne , arriva à Londres pendant que jc^n'y étois pas, trouva le peuple prêt à se soulever. La plupart des mutins prirent les armes; leurs troupes montèrent jusqu'à soixante mille haedsies; tout m'abandonna ; le comte vint me trouver dans un château où je nje renfermai. Il eut l'audace d'y entrer presque seul. Je pouvois alors le foire périr.

LE p. DE GALLES.

Pourquoi ne le tis-tu pas, malheureux?

RICHARD

Les peuples que je voyots de toutes parts armés dans la campagne m'auroient massacré.

Lis p. DE GALLES.

Et ne valoit-il pas mieux mourjr en homme de courage.

RICHARD

Il y eut d'ailleurs un présage qiri me découragea.

LE p. DE GALLES.

Qtt'étoit-ce ?

RICHARD

Ma chienne , qui n'avoit jamais VQjaKi caresser que moi seul , me qtfttta d'abord pour aller caresser le comte : je vis bien ce que cela signifioit , et je le dis au comte même.

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