‹ Œuvres choisiesChapitre 75 sur 111 · III · texte numérisé non relu

III

LE MOINE

Tout cela est beau ; mais tout cela ne parle point. Vous voudriez un peu de bruit et de fracas.

CHARLES-QUINT

J'ai cent mille écus de pension.

LE MOINE

Assez mal payés. Le roi votre fils n'en a guère de soin.

CHARLES-QUINT

Il est vrai qu'on oublie bientôt les gens Vjui se sont dépouillés et dégradés.

LE MOINE

Ne comptiez -vous pas là-dessus quand vous avez quitté vos couronnes?

CHARLES-QUINT

Je vois bien que cela devoit être ainsi.

LE' MOINE

iSi vous avez compté là-dessus , pourquoi vous étpnnez-voys de le. voir arriver? Tenez-vous-en à votre premier projet : renoncez à tout ; oubliez tout ; ne désirez plus rien; reposez- vous , et laissez reposer les autres.

CHARLES-QUINT

Mais je vois que mon fils, après la bataille de Saint-Quentin , n'a pas su profiter de la victoire; il devrait être déjà à Paris. Le comte dïlgmont lui a gagné une autre bataille à Oravelines;

«t il laisse tout perdre. Voilà Calais repris par le duc de Guise sur les Anglois. Voilà ce même duc qui a pris Thionville pour couvrir Metz. Mon fils gouverne mal : il ne suit aucun de mes conseils; il ne me paie point ma pension ; il méprise ma conduite et les plus fidèles serviteurs dont je me suis servi. Tout cela me chagrine et m'inquiète. ' ,

LE MOIIŒ.

Quoi! n'étiez- vous venu chercher le repos dans cette retraite qu'à condition que le roi votre fils feroit des conquêtes, croiroit tous vos conseils, et achèveroit d'exécuter tous vos projets.

CHARLES-QUINT

Non , mais je croyois qu'il feroit mieux.

LE MOITTE

Puisque vous avez tout quitté pour être en repos , deiïieurez-y , quoi qu'il arrive; laissez faire le roi votre fils comiiie il voudra. Ne faites point dépendre votre tranquillité des guerres qui agitent le monde ; vous n'en êtes sorti que pour n'en plus entendVe parler. Mais , dites la vérité , vous ne connoissiez guère la solitude quand vous l'avez cherchée. C'est par inquiétude que vous avez désiré le repos. .

CHARLES-QUINt.

Hélas ! mon pauvre enfant , tu ne dis que trop vrai; et Dieu veuille que tu ne te soià pas mé

compté comme moi en quittant le monde dans ce noviciat !

Page 1