DIALOGUE LXIII
CHARLES-QUINT ET un jeune MOINE be
SAiWT-rJuST.
On cherche Couvent la solitude par inquiétude, et ceux qui âont accoutumés au fracas du monde ne sauroient s'accoutumer à la retraite.
GHARLES-QUINT.
Allons > mon frère, il est temps de se lever; vous dormez trop pour un jeune novice qui doit être fervent.
LE MOINE
Quand voulez-vous que je dQrme,sinon pendant que je suis jeune ? Le somipeil n'est "point incompatible avec la ferveur.
CHARLES-QUINT
Quand on aime l'office, on est bientôfé veillé.
LE lliEOINE.
Oui , quand on est à l'âge dé votre majesté ; mais au mien on dort tout debout.
CHARLES-QUINT
Hé bien ! mon frère , c'est aux gens de mon âge à éveiller la jeunesse trop endormie.
LE MOINE
Est-ce que vous n*avez plus rien de meilleur à
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faire? Après avoir si long-temps troublé le repos du monde entier , ne sauriez-vous me laisser le mien?
CHARLES-QUINT
Je trouve qu'en se levant ici de bon matin, on est encore bien en repos dans cette profonde solitude.
LE MOINE
Je vous entends , sacrée majesté : quand vbus vous êtes levé ici de bon matin , vous y trouvez la journée bien longue : vous êtes accoutumé à un plus grand mouvement. Avouez-le sans façon; vous vous ennuyez de n'avoir ici qu'à prier Dieu, qu'à monter vos horloges , et qu'à éveiller de pauvres novices qui ne sont pas coupables de votre ennui.
CHARLES- QUIITT.
J'ai ici douze domestiques que je me suis réservés.
LE MOINE
C'est une triste conversation pour un homme qui étoit en commerce avec toutes les nations connues.
CHARLES-QUINT
J'ai un petit cheval pour me promener dans ce beau vallon orné d'orangers , de myrtes , de ^enadiers, de lauriers et de mille fleurs, air pied.de ces belles montagnes de 4'Estramaditfe, couvertes de troupeaux innombrables.