FABLE XVIII
Le Dragon et les Renards.
Un dragon gardoit un trésor dans une profonde caverne f il' veilloit jour et nuitr pour le conserver. Deux renards , grands fourbes et grands voletirs de leur métiep.^ s'insinuèrent aiq>rès de lui par leurs flatteries, lis devinrent ses c(»ifi-« dents. Les gens les plus complaisants et les plus empressés ne sont pas les plus surs. Ils le trai^
toient de grand personnage , admiroient toutes ses fantaisies , étoient toujours de son avis , et se moquoient entre eux de leur dupe. Enfin il s'endormit un jour au milieu d'eux ; ils l'étranglèrent et s'emparèrent du trésor. Il fallut le partager entre eux;*c'étoit une affaire bien difficile; car deux scélérats ne s'accordent que pour faire 1^ mal. L'un d'eux se mit à moraliser: A quoi, disoit-il , nous servira tout cet argent ? un peu de chasse nous vaudroit mieux ; on ne mange point du métal; les pîstoles sont de mauvaise digestion. Les hommes sont des fous d'aimer tant ces fausses richesses; ne soyons pas aussi insensés qu'eux. L'antre fit semblant d'être touché de ces réflexions; et assura qu'il vouloit vivre en philosophe comme Bias , portant tout son bien sur lui. Chacun fit semblant de quitter le trésor; mais ils se dressèrent des embûches et s'entredéchirèrent. L'un d'eux en ipoiirant dit à l'autre, qui êtoit aussi blessé que lui; Que voulois-tu faire de cet argent ? La même chose que tu voulois en faire, répondit l'autre. Un homme passant apprit leur aveïfture, et les trouva bien fou^. Vous ne l'êtes pas moins que "novts , lui dit un des renards. Vous ne sauriez, non ptas que nous, vous nourrir d'argent, et vous vous tuez pour en avoir. Du moins, notre race jusqu'ici a été assez sage pour ne mettre en usage aucune monnoie. Ce que vous
avez introduit chez vous pour la commodité fait votre malheur. Vous perdez les vrais biens pour cherdier les biens imaginaires.