‹ Œuvres choisiesChapitre 97 sur 111 · FABLE XVII · texte numérisé non relu

FABLE XVII

Lé Rossignol et la Fauvette.

Sur les bords toujours verts du fleuve Alphée, il y a un bocage sacré ou tr^ois naïades répandent à grand bruit leurs eaux claires, et arrosent les fleurs naissantes; les Grâces y vont souvent se baigner. Les arbres de ce bocage ne sont jamais agités par les vents, qui les respectent; ils sont seulement caressés par le souffle des doux zéphyrs. Les nymphes et les faunes y font la nuit des danses au son dé la flûte de Pan. Le soleil ne saiiroit percer de ses rayons Tombre épaisse que forment les rameaux entrelacés de ce bocçige. Le silence , f obscurité et la délicieuse fraîcheur y régnent le jour comme la nuit. Sous ce feuillage on entend Philomèle qui chanté d'une voix plaintive et mélodieuse ses anciens malheurs,*dont elle n'est pas encore consolée. Une jeune fauvette au contraire y chante ses plaisirs , et dite annonce le printemps à tous les bergers d'alentour. Phi-

lomèle même est jalouse des chafisoDs tendres 'de sa compagne. Un jour elles aperçurent un jeune berger qu'dles n'avoient point «ncore vu dans ces bois; il leur parut gràciêtui^ noble, aimant les muses et l'harmonie; elles drurent que c'étoit Apollon , tel qu'il fut autrefois chez le roi Admète, ou du moins quelque jeune héros du sang de ce dieu. Les deux oiseaux, inspirés par les n^uses, commencèrent aussitôt à chanter ainsi : .

Quel est donc ce berger, où ce dieu inconnu, qui vient omet' notre bocage ? Il est sensible à nos cbansons ; il aime la poésie ; elle adoucira son cœur et le rendra aussi aimable qu'il est fier.

Alors Philomèle eoiptinua seule :

Que ce jeune héros croisse en vertu , comme une fleur que le printemps fait éclore ! qu'il ain^e les doux jeux de l'esprit! que les grâces soient sur ^es lèvres I que la sagesse

de Minerve règne dans son cœur !

La fauvette lui répondit :

Qu'il égale Orphée par les charmes de sa voix, et Hercule par ses hauts faits ! qu'il porte dans son cœur l'audace d'Achille , sans en aviik la férpoilé I qu'il soit bon , qu'il soit sage, bi^faisant, tendre pour les hommes, et aimé d'eux! que les muses fassent naître en lui toutes les vertus !

Puis le^ dpux oi^u:;; inspirés reprirqiit eu- .^çmble:

Ilaimt^iWK^douceschansQns; çUeseotrentd^^ son coeur;

comme la rosée tombe sur nos gazons brûlés par le soleiL Que les dieux le modàsent et le rendent toujours fortuné! qu'il tienne en sa main la corne d'abondance I que Vûge d'or revienne par lui ! que la sagesse se répande de son cœur sur* tons les mortels I et que les fleurs naissent sous ses pas I

Pendant qu'elles chantoient, les zéphyrs retinrent leurs haleines; toutes les fleurs du bo*' cage s'épanouirent ; les ruisseaux formés par les trois fontaines suspendirent leur cours, les satyres et les Êiunes, pour mieux écouter, dressoient leurs oreilles aiguës; ÉcIk) redisoit ces belles paroles à tous les rochers d'alentour; et toutes les dryades sortirent du sein des arbres verts pour admirer celui que Philomèle et sa compagne venoient de chanter.

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