‹ Œuvres choisies illustratees par Leopold LacourChapitre 126 sur 292 · I. Gérard était le père d'Olivier · texte numérisé non relu

I. Gérard était le père d'Olivier

Plus d'épée en leurs mains, plus de casque à leurs têtes.

Ils luttent maintenant, sourds, effarés, béants,

A grands coups de troncs d'arbre, ainsi que des géants.

Pour la cinquième fois, voici que la nuit tombe. Tout à coup Olivier, aigle aux yeux de colombe, S'arrête et dit :

« Roland, nous n'en finirons point.

Tant qu'il nous restera quelque tronçon au poing, Nous lutterons ainsi que lions et panthères. Ne vaudrait-il pas mieux que nous devinssions frères? Ecoute, j'ai ma sœur, la belle Aude au bras blanc. Epouse-la.

— Pardieu ! Je veux bien, dit Roland.

Et maintenant buvons, car l'affaire était chaude. »

C'est ainsi que Roland épousa la belle Aude.

AYMERILLQT

hu^d^-H*-^ .

CHARLEMAGNE, empereur à la barbe fleurie, Revient d'Espagne ; il a le cœur triste, il s'écrie : rt Roncevaux ! Roncevaux ! ô traître Ganelon ! » Car son neveu Roland est mort dans ce vallon.

Cependant il chemine; au bout de trois journées

Il arrive au sommet des hautes Pyrénées. "^^^^'^^^^l^LX-*-

Là, dans l'espace immense il regarde en rêvant

Et sur une montagne, au loin, et bien avant

Dans les terres, il voit une ville très forte,

Ceinte de murs avec deux tours à chaque porte.

Elle offre à qui la voit ainsi dans le lointain

Trente maîtresses tours avec des toits d'étain

Et des mâchicoulis de forme sarrasine

Encor tout ruisselants de poix et de résine.

Au centre est un donjon si beau, qu'en vérité

On ne le peindrait pas dans tout un jour d'été.

laUJL

Ses créneaux sont scellés de plomb, chaque embrasure Cache un archer dont l'œil toujours guette et mesure ; Ses gargouilles font peur ; à son faîte vermeil Rayonne un diamant gros comme le soleil, Qu'on ne peut regarder fixement de trois lieues.

Sur la gauche est la mer aux grandes ondes bleues, Qui jusqu'à cette ville apporte ses dromons K

Charle, en voyant ces tours, tressaille sur les monts.

(( Mon sage conseiller, Naymes, duc de Bavière, Quelle est cette cité près de cette rivière? Qui la tient la peut dire unique sous les cieux. Or, je suis triste, et c'est le cas d'être joyeux. Oui, dussé-je rester quatorze ans dans ces plaines, O gens de guerre, archers, compagnons, capitaines, Mes enfants ! mes lions ! saint Denis m'est témoin * Que j'aurai cette ville avant d'aller plus loin ! »

Le vieux Naymes frissonne à ce qu'il vient d'entendre.

« Alors, achetez-la, car nul ne peut la prendre. Elle a pour se défendre, outre ses béarnais. Vingt mille turcs ayant chacun double harnais. Quant à nous, autrefois, c'est vrai, nous triomphâmes , Mais, aujourd'hui, vos preux ne valent pas des femmes. ' Ils sont tous harassés et du gîte envieux, Et je suis le moins las, moi qui suis le plus vieux. Sire, je parle franc, et je ne farde guère. D'ailleurs, nous n'avons point de machines de guerre ; Les chevaux sont rendus, les gens rassasiés ; Je trouve qu'il est temps que vous vous reposiez, Et je dis qu'il faut être aussi fou que vous l'êtes Pour attaquer ces tours avec des arbalètes. »

L'empereur répondit au duc avec bonté : « Duc, tu ne m'as pas dit le nom de la cité?

— On peut bien oublier quelque chose à mon âge. Mais, sire, ayez pitié de votre baronnage ; Nous voulons nos foyers, nos logis, nos amours. C'est ne jouir jamais, que conquérir toujours.

Page 1