‹ Œuvres choisies illustratees par Leopold LacourChapitre 141 sur 292 · VIII. — Ce qu'on y voit encore · texte numérisé non relu

VIII. — Ce qu'on y voit encore

Mais ce que cette salle, antre obscur des vieux temps, A de plus sépulcral et de plus redoutable. Ce n'est pas le flambeau, ni le dais, ni la table ; C'est, le long de deux rangs d'arches et de piliers, Deux files de chevaux avec leurs chevaliers.

Chacun à son pilier s'adosse et tient sa lance ;

L'arme droite, ils se font vis-à-vis en silence ;

Les chanfreins sont lacés ; les harnais sont bouclés ;

Les chatons des cuissards sont barrés de leurs clés ;

Les trousseaux de poignards sur l'arçon se répandent ;

Jusqu'aux pieds des chevaux les caparaçons pendent

Les cuirs sont agrafés ; les ardillons d'airain

Attachent l'éperon, serrent le gorgerin ;

La grande épée à mains brille au croc de la selle ;

La hache est sur le dos, la dague est sous l'aisselle ;

Les genouillères ont leur boutoir meurtrier ;

Les mains pressent la bride, et les pieds l'étrier ;

Ils sont prêts ; chaque heaume est masqué de son crible ;

Tous se taisent ; pas un ne bouge ; c'est terrible.

Les chevaux monstrueux ont la corne au frontail.

Si Satan est berger, c'est là son noir bétail.

Pour en voir de pareils dans l'ombre, il faut qu'on dorme ;

Ils sont comme engloutis sous la housse difforme ;

Les cavaliers sont froids, calmes, graves, armés,

Effroyables ; les poings lugubrement fermés ;'

Si l'enfer tout à coup ouvrait ces mains fantômes,

On verrait quelque lettre affreuse dans leurs paumes.

De la brume du lieu leur statuire s'accroît.

Autour d'eux l'ombre a peur et les piliers ont froid.

O nuit, qu'est-ce que c'est que ces guerriers Hvides?

Chevaux et chevaliers sont des armures vides,

Mais debout. Ils ont tous encor le geste fier,

L'air fauve, et, quoique étant de l'ombre, ils sont du fer.

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