IX. — Bruit que fait le plancher
C'eit là qu'Eviradnus entre; Gasclin le suit.
2i2 — LA LEGENDE DES SIECLES. I
Le mur d'enceinte étant presque partout détruit, Cette porte, ancien seuil des marquis patriarches, Qu'au-dessus de la cour exhaussent quelques marches, Domine l'horizon, et toute la forêt Autour de son perron comme un gouffre apparaît. L'épaisseur du vieux roc de Corbus est propice A cacher plus d'un sourd et sanglant précipice ; Tout le burg, et la salle elle-même, dit-on, • Sont bâtis sur des puits faits par le duc Platon ; Le plancher sonne ; on sent au-dessous des abîmes.
« Page, dit ce chercheur d'aventures sublimes,
Viens. Tu vois mieux que moi, qui n'ai plus de bons yeux.
Car la lumière est femme et se refuse aux vieux ;
Bah ! voit toujours assez qui regarde en arrière.
On découvre d'ici la route et la clairière ;
Garçon, vois-tu là-bas venir quelqu'un? » Gasclin
Se penche hors du seuil ; la lune est dans son plein,
D'une blanche lueur la clairière est baignée.
« Une femme à cheval. Elle est accompagnée.
— De qui? » Gasclin répond : « Seigneur, j'entends les voix, De deux hommes parlant et riant, et je vois
Trois ombres de chevaux qui passent sur la route.
— Bien, dit Eviradnus. Ce sont eux. Page, écoute : Tu vas partir d'ici. Prends un autre chemin. Va-t'en, sans être vu. Tu reviendras demain Avec nos deux chevaux, frais, en bon équipage,
Au point du jour. C'est dit. Laisse-moi seul, o Le page Regardant son bon maître avec des yeux de fils. Dit : « Si je demeurais? Ils sont deux. — Je suffis. Va. »