V. H. — POÉSIE
Aperçoivent la Cause au pur rayonnement. Et l'Enigme sacrée, au loin, sans vêtement, Montrant sa forme blanche au fond de l'insondable. »
Apollon offre sa lyre à l'étonnant chanteur, qui l'accepte, et qui se met alors à chanter l'homme et son histoire. Ce chant remplit la troisième partie du Satyre, intitulée le Sombre. En voici la fin, où le poète, par la bouche du faune, devient le prophète qu'il aimait à faire entendre... et dont on s'est beaucoup trop moqué, parfois. Cette fin du troisième chant et le quatrième sont d'une beauté souvent merveilleuse (comme tout le poème, au reste).
« Qui sait si, quelque jour, brisant l'antique affront,
Il • ne lui dira pas : Envole-toi, matière !
S'il ne franchira point la tonnante frontière ;
S'il n'arrachera pas de son corps brusquement
La pesanteur, peau vile, immonde vêtement
Que la fange hideuse à la pensée inflige,
De sorte qu'on verra tout à coup, ô prodige !
Ce ver de terre ouvrir ses ailes dans les cieux !
Oh ! lève-toi, sois grand, homme! va, factieux!
Homme, un orbite d'astre est un anneau de chaîne,
Mais cette chaîne-là, c'est la chaîne sereine.
C'est la chaîne d'azur, c'est la chaîne du ciel;
Celle-là, tu t'y dois rattacher, ô mortel,
Afin — car un esprit se meut comme une sphère —
De faire aussi ton cercle autour de la lumière !
Entre dans le grand chœur ! va, franchis ce degré,
Quitte le joug infâme et prends le joug sacré !
Deviens l'Humanité, triple, homme, enfant et femme!
Transfigure-toi ! va ! sois de plus en plus l'âme !
Esclave, grain d'un roi, démon, larve d'un dieu,
Prends le rayon, saisis l'aube, usurpe le feu ;
Torse ailé, front divin, monte au jour, monte au trône,
Et dans la sombre nuit jette les pieds du faune ! »