‹ Œuvres choisies illustratees par Leopold LacourChapitre 152 sur 292 · I. L'homme · texte numérisé non relu

I. L'homme

Et, pensifs, regardaient Jupiter stupéfait. Il reprit :

« Sous le poids hideux qui l'étouffait. Le réel renaîtra, dompteur du mal immonde. Dieux, vous ne savez pas ce que c'est que le monde ; Dieux, vous avez vaincu, vous n'avez pas compris. Vous avez au-dessus de vous d'autres esprits, Qui, dans le feu, la nue, et l'onde et la bruine, Songent en attendant votre immense ruine. Mais qu'est-ce que cela me fait à moi qui suis La prunelle effarée au fond des vastes nuits! Dieux, il est d'autres sphinx que le vieux sphinx de Thèbe. Sachez ceci, tyrans de l'homme et de l'Erèbe •, Dieux qui versez le sang, dieux dont on voit le fond, Nous nous sommes tous faits bandits sur ce grand mont Où la terre et le ciel semblent en équilibre, Mais v^ous pour être rois et moi pour être libre. Pendant que vous semez^ haine, fraude et trépas, Et que vous enjambez tout le crime en trois pas, Moi je songe. Je suis l'œil fixe des cavernes. Je vais. Olympes bleus et ténébreux Avernes '', Temples, charniers, forêts, cités, aigle, alcyon, Sont devant mon regard la même vision ; Les dieux, les fléaux, ceux d'à présent, ceux d'ensuite, Traversent une lueur et sont la même fuite. Je suis témoin que tout disparaît. Quelqu'un est. Mais celui-là, jamais l'homme ne le connaît. L'humanité suppose, ébauche, essaie, approche ; Elle façonne un marbre, elle taille une roche Et fait une statue, et dit : Ce sera lui. L'homme reste devant cette pierre, ébloui...

Les dieux de l'Olympe périront :

Car Delphe et Pise sont comme des chars qui roulent.

Et les choses qu'on crut éternelles s'écroulent

Avant qu'on ait le temps de compter jusqu'à vingt. »

Tout en parlant ainsi, le satyre devint

Page 1