‹ Œuvres choisies illustratees par Leopold LacourChapitre 204 sur 292 · IL PARLE DEVANT LUI DANS L'OMBRE · texte numérisé non relu

IL PARLE DEVANT LUI DANS L'OMBRE

VIVEZ, marchez, pensez, espérez, aimez- vpus. Nul n'est seul ici-bas. Tout a besoin de tous. Riche, épargne le pauvre, et toi, pauvre, pardonne Au riche, car le sort prête et jamais ne donne. Et l'équilibre obscur se refait tôt ou tard. Tout bien qui naît du mal des autres est bâtard ; Et les prospérités ne sont jamais qu'obliques Et menteuses, sortant des misères publiques ; L'arbre est malsain ayant un cadavre à son pied. Rois, ayez peur du trône o\i votre orgueil s'assied, Votre âme y devient spectre, et, maîtres des royaumes. Hélas ! sans le savoir vous êtes des fantômes: ; .

S'appeler Romanofï, Habsbourg, Brunswick, Bourbon, Empereur, majesté, roi, césar, à quoi bon?

Les pharaons ont fait bâtir les pyramides ;

Et quand sous le soleil, sous les grands vents numides,

Fouettant leur peuple aux fers, durs comme les destins.

Ils eurent achevé ces monuments hautains,

Qu'ont-ils mis dans ces blocs prodigieux? leur cendre.

O rois, cela ne sert à rien d'être Alexandre,

Sésostris, ou Cyrus à qui le sort sourit.

Il vaut mieux être un pauvre appelé Jésus-Christ.

Le mal que nous faisons trop souvent nous encense.

Hélas ! qui que tu sois, puissant, crains ta puissance.

Qui, de l'autre côté du tombeau, fait pitié.

On est flatté par où l'on sera châtié.

Vous qui faites trembler, tremblez. — Que tout s'apaise!

Quant à toi, travailleur sur qui le fardeau pèse,

Toi qui te sens lion et qu'on traite en fourmi,

Ne perds pas patience et sache attendre, ami ! —

En venir aux mains? Non. Certes, ton droit suprême.

C'est de vivre, d'avoir du pain, d'exiger même

Plus de salaire et moins de peine, j 'en conviens ;

L'immensité te doit ta part des vastes biens.

Vie, harmonie, amour, joie, hyménée, aurore.

L'avenir n'est pas noir ; c'est le matin qui dore

Et remplit de clarté rose les petits doigts

Du nouveau-né riant dans sa crèche ; et tu dois

Vouloir cet avenir éblouissant et juste ;

Tu dois, ferme, appuyé sur le travail robuste,

Réclamer le paiement de tes efforts, tu dois

Protéger ton foyer, et faire face aux lois

Si leur sagesse fausse à tes droits est contraire,

Et nourrir ton enfant, — mais sans tuer ton frère

Sans blesser la patrie et meurtrir la cité !

L'idéal ne veut point mêler à sa clarté

Les Saint-Barthélemys et les Vendémiaires ;

Les principes sereins sont de hautes lumières ;

Dans la Terre Promise on ne met pas la mort

L'espérance n'est pas faite pour le remord.

Pas de tueurs ; laissons les bourreaux dans leurs bouges.

Je hais une victoire ayant les ongles rouges ;

Je n'aime pas qu'un droit ait des mains de boucher,

Et, quand il a vaincu, soit forcé de cacher

Les fentes des pavés des villes sous du sable...

LA PITIE &VPUEME — 3i5

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