LA PITIE SUPRÊME
De toute l'Histoire monte un cri de malédiction contre les tyrans. Cri légitime, certes !...
Quel esprit ne plierait sous cette voix grondante? Elle est la Conscience ; elle a raison ; pourtant Après qu'elle a parlé le cœur n'est pas content, Et l'on entend, au fond de l'Infini qui pense, Comme un profond soupir d'une autre conscience. Et le songeur frissonne et reste soucieux Entre ce cri terrestre et ce soupir des cieux.
C'est ce soupir des cîeux qui attire Victor Hugo vers « la justice étoilée » — ou • la pitié suprême » : — car la justice parfaite est de plaindre jusqu'aux tyrans, victimes eux-mêmes encore plus que bourreaux. Dès leur enfance, la flatterie les corrompt :
Regardez cet enfant de cinq ans ; la feuillée
N'a pas d'oiseau plus pur, plus frais, plus ébloui...
Aux mains de Villeroy qui lui répète : « Tout ce peuple est à vous », l'enfant deviendra « l'infâme » Louis XV!... Et qui donc pourrait être sûr de résister au vertige de la toute-puissance ? Les rois ne savent jamais la vérité; on la leur cache obstinément. Ils méritent donc bien « la pitié suprême »... Surtout ceux-là qui furent les plus cruels... — Voici, maintenant, la pièce sur « les proscripteurs » :