Dieu suprême des Assjrriens
Dans ce vaste Paris, le Klephte i est à l'étroit ; Le Nil déborderait ; les roses du Bengale Frissonnent dans ces champs où se tait la cigale ; A ce soleil brumeux les péris ^ auraient froid.
Pleurant ton Orient, alors, muse ingénue,
Tu viens à moi, honteuse, et seule, et presque nue.
— N'as-tu pas, me dis-tu, dans ton cœur jeune encor
Quelque chose à chanter, ami ? car je m'ennuie
A voir ta blanche vitre où ruisselle la pluie,
Moi qui, dans mes vitraux, avais un soleil d'or ! —
Puis tu prends mes deux mains dans tes mains diaphanes, Et nous nous asseyons, et, loin des yeux profanes, Entre mes souvenirs je t'offre les plus doux, Mon jeune âge, et ses jeux, et l'école mutine. Et les serments sans fin de la vierge enfantine. Aujourd'hui mère heureuse aux bras d'un autre époux.
Je te raconte aussi comment, aux Feuillantines, Jadis tintaient pour moi les cloches argentines ; Comment, jeune et sauvage, errait ma liberté. Et qu'à dix ans, parfois, resté seul à la brune. Rêveur, mes yeux cherchaient les deux yeux de la lune, Comme la fleur qui s'ouvre aux tièdes nuits d'été.
Puis tu me vois du pied pressant l'escarpolatte Qui d'un vieux marronnier fait crier le squelette, Et vole, de ma mère éternelle terreur ! Puis je te dis les noms de mes amis d'Espagne, Madrid et son collège où l'ennui t'accompagne, Et nos combats d'enfants pour le grand empereur.
Puis encor mon bon père, ou quelque jeune fille Morte à quinze ans, à l'âge où l'œil s'allume et brille. Mais surtout tu te plais aux premières amours. Frais papillons dont l'aile, en fuyant rajeunie Sous le doigt qui la fixe est si vite temie, Essaim doré qui n'a qu'un jour dans tous nos jours.
Novembre 1828.
1. Klephtes ou Armatoles, tribvis guerrières et pillardes du nord de la Grèce, qui ont joué un grand rôle durant la guerre de l'Indépendance.
2, Génies bienfaisants, mâles ou femelles, chez les Orientaux.