NOVEMBRE
QUAND L'AUTOMNE, abrégeant les jours qu'elle dévore.
Eteint leurs soirs de flamme et glace leur aurore,
Quand novembre de brume inonde le ciel bleu.
Que le bois tourbillonne et qu'il neige des feuilles,
O ma muse ! en mon âme alors tu te recueilles,
Comme un enfant transi qui s'approche du feu.
Devant le sombre hiver de Paris qui bourdonne. Ton soleil d'Orient s'éclipse et t'abandonne. Ton beau rêve d'Asie avorte, et tu ne voi^ Sous tes yeux que la rue au bruit accoutumée. Brouillard à ta fenêtre, et longs flots de fumée Qui baignent en fuyant l'angle noirci des toits.
Alors s'en vont en foule et sultans et sultanes.
Pyramides, palmiers, galères capitanes,
Et le tigre 'vorace et le chameau frugal,
Djinns au vol furieux, danses des bayadères, r--^ • à^
L'Arabe qui se penche au cou des dromadaires.
Et la fauve girafe au galop inégal.
Alors éléphants blancs chargés de femmes brunes, ^-^ Cités aux dômes d'or où les mois sont des lunes, Imams' de Mahomet, mages, prêtres de Bel,^ Tout fuit, tout disparaît. Plus de minaret maure. Plus de sérail fleuri, plus d'ardente Gomorrhe Qui jette un reflet rouge au front noir de Babel !
C'est Paris, c'est l'hiver. — A ta chanson confuse Odalisques, émirs, pachas, tout se refuse.