I. Les trois autres fous se nomment Elespuru, GiraS et Trick
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gcnde moyen âge tragiquement charmante ' ; — puis, bouffonnant et sérieux tour à tour ou en même temps, ils parlent de Cromwell et des périls qui le menacent; oh! sans excès d'admiration pour lui, ni de pitié : au contraire ! Gramadoch s'écrie :
Il nous croit ses jouets ; pauvre homme ! il est le nôtre. Nous dupe-t-il jamais par quelque patenôtre ! Nous épouvante-t-il par ces éclats de voix, Ou ces clins d'yeux dévots, qui font trembler des rois ?...
Et Trick, Giraff, Elespuru sont, finalement, d'accord avec leur camarade pour ne pas donner à leur maître l'avertissement qui, pensent-ils, le sauverait.
Entre Cromwell. Il voudrait se «distraire un peu » avec ses fous; mais des sectaires paraissent qui l'interrogent sur «un point de foi». Faut-il « brûler » ou « pendre» ?
Ceux qui ne parlent pas comme saint Jean parlait, Et disent « Siboleth » au lieu de « Schiboleth » ?
Cromwell hésite entre les deux genres de supplice, opposant le mérite de l'un à celui de l'autre : le feu « purifie » le pécheur,
Daniel s'épura dans le brûlant triangle. Mais la potence a bien son avantage aussi ; La croix fut un gibet !...
Enfin il ordonne à Rochester de décider; et celui-ci se prononce pour le gibet.
Après ces deux premières scènes curieusement épisodi-
I. En voici les prejnières strophes, qui feront, au moias, sentir l'agrément du rythme
PoHxquoi fais-tu tant de vacarme,
Carme ?
Rxsse t'aurait-elle trahi ?
Hi!
Pourquoi fais-tu tant de tapage,
Page ?
Es-tu l'amant de Rose aussi ?
— Si!
Qui te donne cet air morose,
Rose ?
— L'époux, donj; nul ne se soiivient
Vient...
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ques, le drame se remet en marche. Le Protecteur consulte les membres du conseil privé sur l'offre, que le Parlement va lui faire, de cette royauté qu'il désire si âprement. On a dit : « C'est la situation d'Auguste délibérant avec Maxime et Cinna sur le même sujet ». La scène n'en est pas moins originale ; ce sont les proches de l'ambitieux, un gendre, un beau-frère, qui défendent, ici, l'idée républicaine. Et, dans la scène suivante, c'est le grand poète Milton. Il la défend même dans un discours qui est un des beaux morceaux de l'ouvrage (nous le citerons plus loin intégralement). Cromwell est troublé. Pourtant, il accepterait la couronne, si M une grosse étourderie de Rochester et une grave imprudence du poète et agent royaliste Davenant ne le mettaient en possession de deux billets qui le font sérieusement réfléchir. Ce fou de Rochester, croyant donner à Francis Cromwell son madrigal, lui a remis une lettre écrite pour les Cavaliers, ses complices ; et Francis l'a remise à son père, lequel apprend ainsi qu'on veut l'endormir et l'enlever. Davenant, lui, mandé par le Protecteur, se rend à White- Hall avec la lettre dans laquelle le prétendant chargeait Rochester de verser le narcotique. Il la croit en sûreté dans la coiffe de son chapeau. Mais Cromwell, averti :
Vous avez un chapeau de forme singulière.
Excusez ma façon peut-être famflière.
Vous plairait-il, monsieur, le changer pour le mien ?
Et s'étant emparé du dit chapeau, il c en tire la dépêche... » Il songe alors qu'il lui faut, avant tout, écraser le complot royaliste; et, au Parlement, qui le suppHe d'étendre « sur -^ l'Europe », comme « roi d'Angleterre », ■
Le glaive de Judas et la verge d'Aaron,
il répond, après s'être bien recueilh : « Nous examinerons ». Puis il force Rochester à boire la liqueur préparée par le aux « ministre », qui aussitôt s'endort... /
Intitulé la Sentinelle, le quatrième acte montre d'abord le Protecteur, « déguisé en soldat », devant « la poterne du parc de White-Hall ». Il sera bientôt minuit, l'heure où les Cavaliers doivent se réunir devant cette porte. On entend la voix du fou Elespuru, qui chante une jolie chanson (nous la donnerons tout à l'heure). Puis, c'est un long monologue
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de Cromwell, sur le bonheur de ce fou, et sa misère à lui, l'aspirant monarque :
... Le bouffon est passé Sans savoir que ces lieux, où chantait son délire, Vont voir se décider le destin d'un empire. Qu'il est heureux, ce fou !...
... Qu'il est heureux !
Sa parole est du bruit, son existence un rêve. Et quand il atteindra le terme où tout s'achève. Cette faulx de la mort, dont nul ne se défend, Ne sera qu'un hochet pour ce vieillard enfant !
Jamais ce fou ne prit cette peine insensée D'enfermer, comme moi, le monde en sa pensée ; Jamais des mots profonds, des soupirs éloquents Ne sortent de son cœur, comme un feu des volcans.
Ah ! malheureux Cromwell ! ton fou te fait envie...
Arrivent les Cavaliers, lord Ormond, lord Roseberry, lord Clifford, etc. CromwelL les laisse entrer dans le palais, où ils croient le trouver endormi, et d'où ils sortent portant Rochester « bâillonné avec un mouchoir qui lui cache le visage ». Quiproquo assurément dramatique ; d'autant plus que la majorité des conjurés présents veulent — contrairement à l'ordre du (c roi » — tuer le prisonnier, et que Richard Cromwell intervient, suppliant, puis violent, puis héroïque, pour sauver celui qu'il croit être son père. Et ensuite, quelle succession de coups de théâtre, lorsque Rochester se réveille, arrache son bâillon, et que, lord Ormond s'étant écrié : « Où donc est Cromwell ? », celui-ci se redresse et lance d'une voix de tonnerre :
Le voici!
Hors des tentes, Jacob, Israël, hors des tentes !
A ce mot, paraissent au fond du théâtre une « multitude de soldats », éclairés par des torches, tandis que les fenêtres de White-Hall « s'illuminent », montrant partout d'autres soldats « armés de toutes pièces ». — « Cromwell, l'épée à la main, se dessine sur ce fond étincelant. »
Il annonce aux conjurés qu'ils seront tous pendus, et rentre à White-Hall après avoir dit à Thurloë :
Fais sur l'heure apprêter Westminster ! — Je suis roi.
Pourquoi ne le serait-il pas? — Victor Hugo, dans la Préface du drame, expose en ces termes ce que l'histoire lui fournissait pour le dernier acte : « Westminster est pavoisé, l'estrade est dressée, la couronne est cornmandée à l'orfèvre, le jour de la cérémonie est fixé. Dénouement étrange ! C'est ce jour-là inême, devant le peuple, la milice, les communes, dans cette grande salle de Westminster, sur cette estrade,... que, subitement, comme en sursaut, il semble se réveiller à l'aspect de la couronne, demande s'il rêve, ce que veut dire cette cérémonie, et, dans un discours qui dure trois heures, refuse la dignité royale ». Mais pourquoi? « C'est ce que nul document contemporain n'éclaircit souverainement », ajoutait l'auteur, qui s'en féhcitait : « La liberté du poète en est plus entière ». Usant de cette liberté, Victor Hugo imagina ceci : Cromwell déjoue par son refus la conjuration des Têtes rondes. Leur chef, le général Lambert, devait le poignarder en lui présentant la couronne. Et, si le courage avait manqué au général — qui, dans la pièce, est aussi lâche qu'ambitieux, — d'autres eussent frappé pour lui. Mais Cromwell, cette fois encore, a été averti.
Le cinquième acte — intitulé les Ouvriers — se passe dans «la grande salle de Westminster ». Décor superbe, où s'agitera, parlera, criera une « foule». — Le goût du poète pour les mises en scène éclatantes, sa passion et, l'on peut dire, son génie du spectacle, se sont largement satisfaits. A peine les ouvriers ont-ils terminé l'estrade, que voici successivement les conjurés, les fous, Milton, des gens du peuple et des bourgeois, le champion. d'Angleterre (il proclame « Olivier Cromwell... roi » et défie « à la dague, à la hache, au sabre, au cimeterre » quiconque oserait protester) ; puis c'est un grand bruit de cloches, des coups de canon, et l'entrée du lord-maire avec les aldermen, celle des cours de justice, le Parlement, etc. ; enfin, dans un fracas de fanfares et d'acclamations, le Protecteur, « en velours noir », simplement, mais suivi d'un cortège « étincelant d'or et d'acier ». Discours, prières ; puis, Cromwell accepte « la robe de pourpre bordée d'hermine » , et, l'ayant revêtue, va s'asseoir sur le trône, où il reçoit l'épée, les sceaux, la Bible ( à fermeture d'or » ; il ne lui
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manque plus que la couronne. Mais, au moment où le général Lambert la lui présente, à genoux, et où les conjurés mettent tous « à la fois la main sur leurs poignards », il semble sortir d'un rêve :
• ... Arrêtez !
Que veut dire ceci ? Pourquoi cette couronne ? Que veut-on que j'en fasse ? et qui donc me la donne ?
Mylords, Messieurs, anglais, frères, qui m'écoutez. Je ne viens point ici ceindre le diadème, Mais retremper mon titre au sein du peuple même, Rajeunir mon pouvoir, renouveler mes droits...
Et le discours se déroute, brillant, vigoureux^ menaçant aussi :
Avis aux malveillants i On sait totit ce qu'ils font. Le flot est transparent, si l'abîme est profond.,.
Mais le chef-d'œuvre, c'est la péToraison. Le tragédiencomédien s'est mis à pleurer :
Je sens mon bras faiblir, et ma fin est prochaine. Depuis assez longtemps suis-je pas à la chaîne ? Je suis vieux, je suis las ; je demande merci. N'est-il pas temps qu'enfin je me repose aussi ? Chaque jour j'en appelle à la bonté divine. Et devant le Seigneur je frappe ma poitrine.
Loin, ce nouveau pouvoir à mes vœux présenté ! Je n'en accepte rien, — rien que l'Jaiérédité...
Dans les quatre scènes finales, nous assistons à un débordement de clémence hypocrite. Cromw-ell pardonne aux Cavaliers, qu'on n'avait pas -encore pendus ; pardonne à Carr, malgré les invectives et malédictions dont celui-ci l'accable ; pardonna mêm«e à un autre puritain, qui vient de s'élancer vers l'estrade pour le tuer. Il est vrai que le peuple s'empare du furieux et le jette dans la Tamise. Et le grand tartuffe poh tique et rehgieux qu'a voulu peindre Victor Hugo, de se dire : « C'est toujours un de moins »...