‹ Œuvres choisies illustratees par Leopold LacourChapitre 28 sur 292 · Le général comte Hugo mourut en · texte numérisé non relu

Le général comte Hugo mourut en

LES FEUILLES D'AUTOMNE — (il)

« Hélas ! il a perdu cette sainte défense

Qui protège la vie encore après l'enfance,

Ce pilote prudent, qui pour dompter le flot

Prête une expérience au jeune matelot î

Plus de père pour lui ! plus rien qu'une mémoire !

Plus d'auguste vieillesse à couronner de gloire

Plus de récits guerriers ! plus de beaux cheveux blancs

A faire caresser par les petits enfants !

Hélas ! il a perdu la moitié de sa vie.

L'orgueil de faire voir à la foule ravie

Son père, un vétéran, un général ancien !

Ce foyer où l'on est plus à l'aise qu'au sien.

Et le seuil paternel qui tressaille de joie

Quand du fils qui revient le chien fidèle aboie !

« Le grand arbre est tombé ! resté seul au vallon, L'arbuste est désormais à nu sous l'aquilon. Quand l'aïeul disparaît du sein de la famille. Tout le groupe orphelin, mère, enfant, jeune fille. Se rallie inquiet autour du père seul, Que ne dépasse plus le front blanc de l'aïeul. C'est son tour maintenant. Du soleil, de la pluie, On s'abrite à son ombre, à sa tige on s'appuie. C'est à lui de veiller, d'enseigner, de souffrir, De travailler pour tous, d'agir, et de mourir !

« Ainsi du vétéran par la guerre épargné, Rien ne reste à son fils, muet et résigné. Qu'un tombeau vide, et toi, la maison orpheline Qu'on voit blanche et carrée au bas de la colline, Gardant, comme un parfum dans le vase resté, Un air de bienvenue et d'hospitalité !

« Un sépulcre à Paris ! de pierre ou de porphyre,

Qu'importe ? Les tombeaux des aigles de l'empire

Sont auprès. îls sont là tous ces vieux généraux

Morts un jour de victoire en antiques héros,

Ou, regrettant peut-être et canons et mitraille.

Tombés à la tribune, autre champ de bataille.

Ses fils ont déposé sa cendre auprès des leurs.

Afin qu'en l'autre monde, heureux pour les meilleurs

Il puisse converser avec ses frères d'armes.

Car sans doute ces chefs, pleures de tant de larmes,

Ont là-bas une tente. Ils y viennent le soir

Parler de guerre ; au loin, dans l'ombre, ils peuvent voir

Flotter de l'ennemi les enseignes rivales ;

Et l'Empereur au fond passe par intervalles.

« Une maison à Blois ! riante, quoique en deuil.

Elégante et petite, avec un lierre au seuil.

Et qui fait soupirer le voyageur d'envie

Comme un charmant asile à reposer sa vie,

Tant sa neuve façade a de fraîches couleurs.

Tant son front est caché dans l'herbe et dans les fleurs !

« Maison ! sépulcre ! hélas ! pour retrouver quelque ombre

De ce père parti sur le navire sombre,

Où faut-il que le fils aille égarer ses pas ?

Maison, tu ne l'as plus ! tombeau, tu ne l'as pas ! »

Juin 1830.

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