Le général comte Hugo mourut en
LES FEUILLES D'AUTOMNE — (il)
« Hélas ! il a perdu cette sainte défense
Qui protège la vie encore après l'enfance,
Ce pilote prudent, qui pour dompter le flot
Prête une expérience au jeune matelot î
Plus de père pour lui ! plus rien qu'une mémoire !
Plus d'auguste vieillesse à couronner de gloire
Plus de récits guerriers ! plus de beaux cheveux blancs
A faire caresser par les petits enfants !
Hélas ! il a perdu la moitié de sa vie.
L'orgueil de faire voir à la foule ravie
Son père, un vétéran, un général ancien !
Ce foyer où l'on est plus à l'aise qu'au sien.
Et le seuil paternel qui tressaille de joie
Quand du fils qui revient le chien fidèle aboie !
« Le grand arbre est tombé ! resté seul au vallon, L'arbuste est désormais à nu sous l'aquilon. Quand l'aïeul disparaît du sein de la famille. Tout le groupe orphelin, mère, enfant, jeune fille. Se rallie inquiet autour du père seul, Que ne dépasse plus le front blanc de l'aïeul. C'est son tour maintenant. Du soleil, de la pluie, On s'abrite à son ombre, à sa tige on s'appuie. C'est à lui de veiller, d'enseigner, de souffrir, De travailler pour tous, d'agir, et de mourir !
« Ainsi du vétéran par la guerre épargné, Rien ne reste à son fils, muet et résigné. Qu'un tombeau vide, et toi, la maison orpheline Qu'on voit blanche et carrée au bas de la colline, Gardant, comme un parfum dans le vase resté, Un air de bienvenue et d'hospitalité !
« Un sépulcre à Paris ! de pierre ou de porphyre,
Qu'importe ? Les tombeaux des aigles de l'empire
Sont auprès. îls sont là tous ces vieux généraux
Morts un jour de victoire en antiques héros,
Ou, regrettant peut-être et canons et mitraille.
Tombés à la tribune, autre champ de bataille.
Ses fils ont déposé sa cendre auprès des leurs.
Afin qu'en l'autre monde, heureux pour les meilleurs
Il puisse converser avec ses frères d'armes.
Car sans doute ces chefs, pleures de tant de larmes,
Ont là-bas une tente. Ils y viennent le soir
Parler de guerre ; au loin, dans l'ombre, ils peuvent voir
Flotter de l'ennemi les enseignes rivales ;
Et l'Empereur au fond passe par intervalles.
« Une maison à Blois ! riante, quoique en deuil.
Elégante et petite, avec un lierre au seuil.
Et qui fait soupirer le voyageur d'envie
Comme un charmant asile à reposer sa vie,
Tant sa neuve façade a de fraîches couleurs.
Tant son front est caché dans l'herbe et dans les fleurs !
« Maison ! sépulcre ! hélas ! pour retrouver quelque ombre
De ce père parti sur le navire sombre,
Où faut-il que le fils aille égarer ses pas ?
Maison, tu ne l'as plus ! tombeau, tu ne l'as pas ! »
Juin 1830.