VICTOR HUGO ET SON ŒUVRE
Jugements.
Voici quelques-uns des plus remarquables jugements portés sur Victor Hugo et son œuvre, soit de son vivant, soit depuis sa mort :
Victor Hugo jugé « ... Victor Hugo était, dés le principe
Îp% .^^^ff^^^^ l'homme le mieux doué, le plus visiblement
(Re flexions sur quel- ' ^ , .
qties contemporains, elu pour exprimer par la poésie ce que dans le volume inti- j'appellerais le mystère de la vie... Aucun ^^'^l'-irtromantique, artiste n'est plus universel que lui, plus
pp. 311-330); 1862. , f X j. 1 jr
apte a se mettre en contact avec les forces de la vie universelle, plus disposé à prendre sans cesse un bain de nature. Non seulement il exprime nettement, il traduit littéralement la lettre nette et claire ; mais il exprime, avec l'obscurité indispensable, ce qui est obscur et confusément révélé... C'est un génie sans frontières. Nous sommes éblouis, enchantés et enveloppés par la vie elle-même... L'exrcessif, l'immense, sont le domaine naturel de Victor Hugo : il s'y meut comme- dans son atmosphère natale. Le génie qu'il a de tout temps déployé dans la peinture de toute la monstruosité qui enveloppe l'homme est vraiment prodigieux... »
Victor Hugo jugé «... Il est hautement idéahste. L'idée pour
l^'pifciodl ai'^mïï ^^" pénètre la matière, et en constitue la 1885). raison" d'être. Son Dieu n'est pas le Dieu
caché de Spinoza, étranger au développement de l'univers... C'est l'abîme des gnostiques. Sa vie s'est passée dans la puissante obsession d'un infini vivant, qui l'embrassait, le débordait de toutes parts, et au sein duquel il lui était doux de se perdre et de délirer... » — Et plus loin : « A mesure qu'il avançait dans la vie, le grand idéalisme qui l'avait toujours rempU s'élargissait, s'épurait. Il était de plus en plus pris de "pitié pour les millions d'êtres que la nature immole à ce qu'elle fait de grand. Eternel honneur de notre race ! Partis des deux pôles opposés, Hugo et Voltaire se rencontrent dans l'amour de la justice et de l'humanité... »
Victor Hugo j ucé par Leconte de Lisle (Discours de réception à l'Académie française où l'auteur des Poèmes antiques et des Poèmes barbares succédait à l'auteur de la Légende des siècles ; 31 mars 1887).
(c ...Bien qu'il se soit mêlé ardemment aux luttes politiques et aux revendications sociales, Victor Hugo est avant tout et surtout un grand et sublime poète. . . Sa vie entière a été im chant multiple et sonore où toutes les passions, toutes les tendresses, toutes les sensations, toutes les colères généreuses qui ont agité, ému, traversé l'âme humaine dans le cours de ce siècle ont trouvé une expression souveraine. Il est de la race, désormais éteinte sans doute, des génies universels, de ceux qui n'ont point de mesure, parce qu'ils voient tout plus grand que nature ; de ceux qui, se dégageant de haute lutte et par bonds des entraves communes, embrassent de jour en jour une plus large sphère... ; de ceux qui cessent parfois d'être aisément compréhensibles, parce que l'envolée de leur imagination les emporte jusqu'à l'inconnaissable... » — Et plus loin : « Le vers plein de force et d'éclat du plus grand des lyriques s'empreint, quand il le veut, d'une grâce et d'un charme irrésistibles. Non seulement il vivifie ce qu'il conçoit, ce qu'il voit, ce qu'il entend, mais il excelle à rendre saisissant ce qui est obscur dans l'âme, et vague dans la nature. L'herbe, l'arbre, la source, le vent, la mer chantent, parlent, souffrent, pleurent et rêvent ; le sens mystérieux des bruits universels nous est révélé... »
Victor Hugo JUGÉ PAR « ...Le voilà son titre, sa force, c'est fdan^'^'iS^^ràanf à'ètTQ le maître des mots français : leur pp^"442^^5o TiSg;)' ensemble forme tout le trésor et toute l'âme de la race. » Mais, pour les masses que M. Barrés nous peint ici dans sa pathétique description des « fêtes funéraires de Victor Hugo », il est, et « fort justement... ceci : la plus haute magistrature nationale. Elles le remercient de l'appui magnifique qu'il a donné aux formes successives de l'idéal français dans ce siècle. Oui, c'est le chef mystique, le voyant moderne, non pas le romantique élégiaque et dramaturge, que ces grandes foules assistent ». — Et plus loin, appelant Victor Hugo un contemplateur : « Ce contemplateur nous enseigne qu'il n'y a pas que le clair, le certain, le fixe, l'isolé : il nous restitue le mystère, le changement, la solidarité de tous les êtres et de toutes choses... On a raison d'écouter sa yoix comme une voix primitive. Les mots, tels que savait les disposer son prodigieux génie verbal, rendent sensibles d'innombrables fils secrets qui relient chacun de nous avec la nature entière... Par l'agencement et la force de son verbe, Hugo dilate en nous la faculté de sentir les secrets du passé et les énigmes du futur ; il jette des lueurs sur
les étapes de nos origines, et sur la direction de l'avenir... Plusieurs de ses paroles nous ont vraiment menés sur les bords de ce double abîme dont il parlait volontiers : gouffre d'ombre sous nos pieds, gouffre de lumière sur nos têtes...
v.ctorHugo JUGÉ PAR « - Qu'aucun dc nos lyriques, en aucun BRUNETiÈRE(dansia temps, n ait égale ou même approche Victor i préface et la conclu- Hugo pour l'aboiidance de l'inventioh version du livre intitule^ j^ 1 i richesse de l'orchestration poé-
Vtctor Hugo. Leçons .- ^ . ,, , -, rn j. • \
faites à VEcoie nor- tiquc et pour 1 ampleur du souffle oratoire ; maie supérieure par — que l'expansion OU le débordement d& les élevés de deuxième ^^ puissante personnalité, s'il nous intéresse
annee\ Lettres]; igoo- ^ . r ,, /a/ « ,
igoi). en soi, dans son théâtre, nous empêche
pourtant de prendre à Ruy Blas ou aux Bur graves le même genre de plaisir qu'au drame « impersonnel » de Shakespeare ou qu'à la tragédie « objective de Racine »... — et que sa dernière ou plutôt son avant-dernière manière, celle de la Légende des siècles et des Misérables, nous donne la sensation de ce qu'il y a certainement de plus épique en notre langue, voilà dès à présent des vérités acquises... » — «D'autres l'ont précédé dans la plupart de ses voies. Les Méditations sont antérieures aux Odes et Bqllades, l'Allemagne à la Préface de Cromwell, les romans de Walter Scott à Notre-Dame de Paris, et le Juif errant aux Misérables. Mais c'est ce qui n'importe guère !... En littérature comme en art les idées n'appartiennent pas à celui qui les a « trouvées » ou « inventées », mais à celui qui en a fixé l'expression décisive, adéquate et définitive. Tel est le cas de Victor Hugo. Et puisque, d'ailleurs, l'évolution des idées littéraires au xix^ siècle n'apparaît nulle part plus évidemment que dans son œuvre, et ne s'y dessine avec plus de clarté, puisque ces idées n'ont pas rencontré d'interprète plus éloquent ou plus inspiré, puisque la manière dont il a su se les approprier a comme anéanti jusqu'au souvenir de ceux qui peut-être les avaient jetées les premiers dans la circulation, c'est donc à lui désormais qu'en appartiendra la gloire.
a Et s'il n'en reste qu'un, ce sera celui-là. »