‹ Œuvres choisies illustratees par Leopold LacourChapitre 50 sur 292 · TOI, SOIS BÉNIE A JAMAIS · texte numérisé non relu

TOI, SOIS BÉNIE A JAMAIS

TOI, sois bénie à jamais !

Eve qu'aucun fruit ne tente !

Qui de la vertu contente Habites les purs sommets !

Ame sans taché et sans rides.

Baignant tes ailes candides, A l'ombre et bien loin des yeux. Dans un flot mystérieux.

Moiré de reflets splendides !

Sais-tu ce qu'en te voyant L'indigent dit quand tu passes ?

— Voici le front plein de grâces Qui sourit au suppliant !

Notre infortune la touche.

Elle incline à notre couche

I. C'est à sa femme que Victor Hugo s'adresse, dans cette espèce de cantique d'admiration tendre, reconnaissante.

LE^ CHANTS DU CREPCSCULE — lOn

Un visage radieux ,

Et les mots mélodieux

Sortent charmants de sa bouche i —

Sais-tu, les yeux vers le ciel,

Ce que dit la pauvre veuve ?

— Un ange au fiel qui m'abreuve

Est venu mêler son miel.

Comme à l'herbe la rosée.

Sur ma misère épuisée,

Ses bienfaits sont descendus.

Nos cœurs se sont entendus,

Elle heureuse, et moi brisée !

« J'ai senti que rien d'impur Dans sa gaîté ne se noie, Et que son front a la joie Comme le ciel a l'azur. Son œil de même a su lire Que le deuil qui me déchire N'a que de saintes douleurs.

Comme elle a compris mes pleurs.

Moi, j'ai compris son sourire. —

Pour parler des orphelins,

Quand, près du foyer qui tremble.

Dans mes genoux je rassemble

Tes enfants de ton cœur pleins ;

Quand j.e leur dis l'hiver sombre,

La faim, et les maux sans nombre

Des petits abandonnés.

Et qu'à peine sont-ils nés

Qu'ils s'en vont pieds nus dans l'ombre ;

Tandis que, silencieux, Le groupe écoute et soupire, Sais-tu ce que semblent dire Leurs yeux pareils à tes yeux ^- Vous qui n'avez rien sur terre, Venez chez nous ! pour vous plaire Nous nous empresserons tous :

Et vous aurez comme nous Votre part de notre mère ! —

Sais-tu ce que dit mon cœur ?

— Elle est indulgente et douce,

Et sa lèvre ne repousse

Aucune amère liqueur.

Mère pareille à sa fille,

Elle luit dans ma famille

Sur mon front que l'ombre atteint.

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