VII. — Don Ruy le SubtU
Don Ruy, souriant et menaçant à la fois, invite le preux à s'en aller.
— Bon Roland, votre nom est venu jusqu'à nous. Nous sommes des seigneurs bienfaisants et très doux. Nous ne voudrions pas vous faire de la peine. Allez-vous-en. Parfois la montagne est malsaine. Retournez sur vos pas, ne soyez point trop lent, Retournez.
— Décidez mon cheval, dit Roland ; Car il a l'habitude étrange et ridicule De ne pas m'obéir quand je veux qu'il recule. »
230 — LA LEirEXDE DES SIECLES. I
Les infants un moment se parlèrent tout bas. Et Ruy dit à Roland :
<' Tant d'illustres combats Font luire votre gloire, ô grand soldat sincère, Que nous vous aimons mieux compagnon qu'adversaire. Seigneur, tout invincible et tout Roland qu'on est, Quand il faut, pied à pied, dans l'herbe et le genêt. Lutter seul, et, n'ayant que deux bras, tenir tête A cent vingt durs garçons, c'est une sombre fête ; C'est un combat d'un sang généreux empourpré, Et qui pourrait fxuir, sur le sinistre pré. Par les os d'un héros réjouissant les aigles. Entendons-nous plutôt...
Il lui propose, en récompense de sa complicité dans l'aventure, deux villes, avec t les gens, les bois, les métairies » :
Donc vous voilà seigneur de ces deux seigneuries; Il ne nous reste plus qu'à nous tendre la main. Nous avons de la cire, un prêtre, un parchemin. Et pour que votre grâce en tous points soit contente, Nous allons vous signer ici votre patente ; C'est dit.
— Avez-vous fait ce rêve? >j dit Roland. Et, présentant au roi son beau destrier blanc :
" Tiens, roi ! pars au galop, hâte-toi, cours, regagne Ta ville, et saute au fleuve et passe la montagne, Va ! .-
L'enfant-roi bondit en selle éperdument, Et le voilà qui fuit sous le clair firmament, A travers monts et vaux, pâle, à bride abattue.
(' Çà, le premier qui monte à cheval, je le tue, » Dit Roland.
Les infants se regardaient entre eux.
Stupéfaits.