‹ OEuvres choisies illustréesChapitre 132 sur 293 · XI. — Ce qu'a fait Ruy le Subtil · texte numérisé non relu

XI. — Ce qu'a fait Ruy le Subtil

Et dans le même instant, entre les larges roches,

A travers les sapins d'Emula, frémissant

De ce défi superbe et sombre, un contre cent,

On pouvait voir encor, sous la nuit étoilée,

Le groupe formidable au fond de la vallée.

Le combat finissait ; tous ces monts radieux

Ou lugubres, jadis hantés des demi-dieux.

S'éveillaient, étonnés, dans le blanc crépuscule,

Et, regardant Roland, se souvenaient d'Hercule.

Plus d'infants ; neuf étaient tombés : un avait fui,

C'était Ruy le Subtil ; mais la bande sans lui

Avait continué, car rien n'irrite comme

La honte et la fureur de combattre un seul homme ;

Durandal. à tuer ces coquins s'ébréchant,

Avait jonché des morts la terre, et fait ce champ

Plus vermeil qu'un nuage où le soleil se couche ;

Elle s'était rompue en ce labeur farouche ;

Ce qui n'empêchait pas Roland de s'avancer ;

Les bandits, le croyant prêt à recommencer,

Tremblants comme des bœufs qu'on ramène à l'étable,

A chaque mouvement de son bras redoutable,

Reculaient, lui montrant de loin leurs coutelas ;

Et, pas à pas, Roland, sanglant, terrible, las.

Les chassait devant lui parmi les fondrières ;

Et, n'ayant plus d'épée, il leur jetait des pierres.

I2-20 décembre 1858.

EVIRADNUS I. — Départ de l'aventurier pour l'aventure.

QU'EST-CE que Sigismond et Ladislas ont dit ?

Je ne sais si la roche ou l'arbre l'entendit ;

Mais, quand ils ont tout bas parlé dans la broussaille.

L'arbre a fait un long bruit de taillis qui tressaille,

Comme si quelque bête en passant l'eût troublé,

Et l'ombre du rocher ténébreux a semblé

Plus noire, et l'on dirait qu'un morceau de cette ombre

A pris forme et s'en est allé dans le bois sombre.

Et maintenant on voit comme un spectre marchant

Là-bas dans la clarté sinistre du couchant.

Ce n'est pas une bête en son gîte éveillée. Ce n'est pas un fantôme éclos sous la feuillée, Ce n'est pas un morceau de l'ombre du rocher. Qu'on voit là-bas au fond des clairières marcher ; C'est un vivant qui n'est ni stryge ' ni lémure - ; Celui qui marche là, couvert d'une âpre armure, C'est le grand chevalier d'Alsace, Eviradnus.

Ces hommes qui parlaient, il les a reconnus ; Comm.e il se reposait dans le hallier, ces bouches Ont passé, murmurant des paroles farouches, Et jusqu'à son oreille un mot est arrivé ; Et c'est pourquoi ce juste et ce preux s'est levé.

Il connaît ce pays qu'il parcourut naguère.

Il rejoint l'écuyer Gasclin, page de guerre.

Qui l'attend dans l'auberge, au plus profond du val,

Où tout à l'heure il vient de laisser son cheval

Pour qu'en hâte on lui donne à boire, et qu'on le ferre.

Il dit au forgeron : « Faites vite. Une affaire

M'appelle. » Il monte en selle et part.

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