‹ OEuvres choisies illustréesChapitre 133 sur 293 · II. — Eviradnus · texte numérisé non relu

II. — Eviradnus

Eviradnus, Vieux, commence à sentir le poids des ans chenus,

I. Ou strige, vampire nocturne, dans les légendes orientales. a. Fantôme d'un mort, chez les Romains,

Mais c'est toujours celui qu'entre tous on renomme, Le preux que nul n'a vu de son sang économe ; Chasseur du crime, il est nuit et jour à l'afîût ; De sa vie il n'a fait d'action qui ne fût Sainte, blanche et loyale, et la grande pucelle, L'épée, en sa main pure et sans tache, étincelle.

On vante Eviradnus d'Altorf à Chaux-de-Fonds ;

Quand il songe et s'accoude, on dirait Charlemagne ;

Rôdant, tout hérissé, du bois à la montagne,

Velu, fauve, il a l'air d'un loup qui serait bon ;

Il a sept pieds de haut comme Jean de Bourbon ;

Tout entier au devoir qu'en sa pensée il couve,

Il ne se plaint de rien, mais seulement il trouve

Que les hommes sont bas et que les lits sont courts ;

Il écoute parfois si l'on crie au secours ;

Quand les rois courbent trop le peuple, il le redresse

Avec une intrépide et superbe tendresse.

Il est toujours en marche, attendu qu'on moleste

Bretf des infortunés sous la voûte céleste.

Et qu'on voit dans la nuit bien des mains supplier;

Sa lance n'aime pas moisir au râtelier ;

Sa hache de bataille aisément se décroche ;

^Malheur à l'action mauvaise qui s^approche

Trop près d'Eviradnus, le champion d'acier !

La mort tombe de lui comme l'eau du glacier.

Il est héros, il a pour cousine la race

Des Amadis ^ de France et des Pyrrhus de Thrace.

Il rit des ans. Cet homme à qui le monde entier

N'eût pas fait dire : Grâce ! et demander quartier,

Ira-t-il pas crier au temps : Miséricorde !

Il s'est, comme Baudoin, ceint les reins d'une corde ;

Tout vieux qu'il est, il est de la grande tribu ;

Le moins fier des oiseaux n'est pas l'aigle barbu.

Qu'importe l'âge? il lutte. Il vient de Palestine,

Il n'est point las. Les ans s'acharnent ; il s'obstine.

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