‹ OEuvres choisies illustréesChapitre 136 sur 293 · VI- — Les deux · texte numérisé non relu

VI- — Les deux

Toute la différence entre ce sombre roi Et ce sombre empereur, sans foi, sans Dieu, sans loi. C'est que l'un est la griffe et que l'autre est la serre : Tous deux vont à la messe et disent leur rosaire, Ils n'en passent pas moins pour avoir fait tous deux Dans l'enfer un traité d'alliance hideux ; On va même jusqu'à chuchoter à voix basse, Dans la foule où la peur d'en haut tombe et s'amasse, L'affreux texte d'un pacte entre eux et le pouvoir Qui s'agite sous l'homme au fond du monde noir ; Quoique l'un soit la haine et l'autre la vengeance, Ils \'ivent côte à côte en bonne intelligence ; Tous les peuples qu'on voit saigner à l'horizon Sortent de leur tenaille et sont de leur façon ; Leurs deux figures sont lugubrement grandies Par de rouges reflets de sacs et d'incendies ; D'ailleurs, comme David, suivant l'usage ancien, L'un est poète, et l'autre est bon musicien ; Et, les déclarant dieux, la renommée allie Leurs'noms dans les sonnets qui viennent d'Italie.

Ces deux « bandits du grand chemin ro^^al » ont l'œil sur Mahaud.

Ce sont deux grands dangers ; mais cette insouciante

Sourit, gazouille et danse, aime les doux propos,

Se fait bénir du pauvre et réduit les impôts ;

Elle est vive, coquette, aimable et bijoutière ;

Elle est femme toujours; dans sa couronne altière,

Elle choisit la perle, elle a peur du fleuron ;

Car le fleuron tranchant, c'est l'homme et le baron.

Elle a des tribunaux d'amour qu'elle préside ;

Aux copistes d'Homère elle paye un subside ;

Elle a tout récemment accueilh dans sa cour

Deux hommes, un luthier avec un troubadour,

Dont on ignore tout, le nom, le rang, la race,

Mais qui, conteurs charmants, le soir, sur la terrasse,

A l'heure où les vitraux aux brises sont ouverts,

Lui font de la musique et lui disent des vers.

Or, en juin, la Lusace, en août, les Moraves. Font la fête du trône et sacrent leurs margraves : C'est aujourd'hui le jour du burg mystérieux ; Mahaud viendra ce soir souper chez ses aïeux.

La septième partie d'Eviradtius, intitulée la Salle à manger, est une longue et belle description de cette salle « gigantesque » et terrible, « salle à manger de titans «, qui n'a qu'une porte.

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