‹ OEuvres choisies illustréesChapitre 180 sur 293 · SUR UNE BARRICADE · texte numérisé non relu

SUR UNE BARRICADE

SUR une barricade, au milieu des pavés

Souillés d'un sang coupable et d'un sang pur lavés.

Un enfant de douze ans est pris avec des hommes.

« Es-tu de ceux-là. toi? — L'enfant dit : — Nous en sommes.

— C'est bon, dit l'officier, on va te fusiller. Attends ton tour, ■» L'enfant voit des éclairs briller. Et tous ses compagnons tomber sous la muraille. Il dit à l'of&cier : a Permettez-vous que j'aille Rapporter cette montre à ma mère chez nous ?

— Tu veux t'enfirir? — Je vais revenir. — Ces voyous Ont peur ! Où loges-tu? — Là, près de la fontaine.

Et je vais revenir, monsieur le capitaine.

— Va-t'en, drôle ! >> L'enfant s'en va — Piège grossier ! Et les soldats riaient avec leur officier.

Et les mourants mêlaient à ce rire leur râle ; Mais le rire cessa, car soudain l'enfant pâle, Brusquement reparu, fier comme Viala i, Vint s'adosser au mur et leur dit : c Me voilà . »

La mort stupide eut honte, et l'of&cier fit grâce.

Enfant, je ne sais point, dans l'ouragan qui passe Et confond tout, le bien, le mal, héros, bandits, Ce qui dans ce combat te poussait, mais je dis Que ton âme ignorante est une âme sublime. Bon et brave, tu fais, dan^.le fond de l'abîme,

I. Enfant célèbre, de la Révolution française, tué par des royalistes en 1792.

Deux pas, l'un vers ta mère et l'autre vers la mort ; L'enfant a la candeur et l'homme a le remord, Et tu ne réponds point de ce qu'on te fit faire ; Mais l'enfant est superbe et vaillant qui préfère A la fuite, à la vie, à l'aube, aux jeux permis. Au printemps, le mur sombre où sont morts ses amis. La gloire au front te baise, ô toi si jeune encore ! Doux ami, dans la Grèce antique, Stésichore ^ T'eût chargé de défendre une porte d'Argos ; Cinégyre - t'eût dit : « Nous sommes deux égaux ! » Et tu serais admis au rang des purs éphèbes Par Tyrtée à Messène et par Eschyle à Thèbes. On graverait ton nom sur des disques d'airain ; Et tu serais de ceux qui, sous le ciel serein, S'ils passent près du puits ombragé par le saule. Font que la jeune fille, ayant sur son épaule L'urne où s'abreuveront les buffles haletants. Pensive se retourne et regarde longtemps.

A CEUX QU'ON FOULE AUX PIEDS Juin 187 L

OH ! JE SUIS AVEC VOUS ! J'ai cette sombre joie. Ceux qu'on accable, ceux qu'on frappe et qu'on foudroie M'attirent ; je me sens leur frère, je défends Terrassés ceux que j'ai combattus triomphants ; Je veux, car ce qui fait la nuit sur tous m'éclaire, Oublier leur injure, oublier leur colère, Et de quels noms de haine ils m'appelaient entre eux. Je n'ai plus d'ennemis quand ils sont malheureux. Mais surtout c'est le peuple, attendant son salaire, Le peuple, qui parfois devient impopulaire. C'est lui, famille triste, hommes, femmes, enfants, Droit, avenir, travaux, douleurs, que je défends ; Je défends l'égaré, le faible, et cette foule Qui, n'ayant jamais eu de point d'appui, s'écroule Et tombe folle au fond des noirs événements ; Etant les ignorants, ils sont les incléments ;

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