Poète lyrique ^ec (vie siècle av. J.-C
2. Frère du poète tragique Eschyle, et l'un des combattants de îlarathon (490 av. J.-C.) où il mourut héroïquement.
300 — VAXXEE TERRIBLE
Hélas! combien de temps faudra-t-il vous redire
A vous tous, que c'était à vous de les conduire,
Qu'il fallait leur donner leur part de la cité,
^ue votre aveuglement produit leur cécité ;
D'une tutelle avare on recueille les suites.
Et le mal qu'ils vous font, c'est vous qui le leur fîtes.
Vous ne les avez pas guidés, pris par la main,
Et renseignés sur l'ombre et sur le vrai chemin ;
Vous les avez laissés en proie au labyrinthe.
Ils sont votre épouvante et vous êtes leur crainte ;
C'est qu'ils n'ont pas senti votre fraternité.
Ils errent ; l'instinct bon se nourrit de clarté ;
Ils n'ont rien dont leur âme obscure se repaisse ;
Ils cherchent des lueurs dans la nuit, plus épaisse
Et plus morne là-haut que les branches des bois ;
Pas un phare. A tâtons, en détresse, aux abois,
Comment peut-il penser celui qui ne peut vivre?
En tournant dans un cercle horrible, on devient ivre
La misère, âpre roue, étourdit Ixion ^
Et c'est pourquoi j'ai pris la résolution
De demander pour tous le pain et la lumière.
... Oui, je suis avec vous.
J'ai l'obstination farouche d'être doux, O vaincus, et je dis : Xon, pas de représailles ! O mon vieux cœur pensif, jamais tu ne tressailles Mieux que sur l'homme en pleurs, et toujours tu vibras Pour des mères ayant leurs enfants dans les bras.
Quand je pense qu'on a tué des femmes grosses. Qu'on a vu le matin des mains sortir des fosses, O pitié ! quand je pense à ceux qui vont partir ! Xe disons pas : je fus proscrit, je fus martyr. Xe parlons pas de nous devant ces deuils terribles ; De toutes les douleurs ils traversent les cribles ; Ils sont vannés au vent qui les emporte, et vont Dans on ne sait quelle ombre au fond du ciel profond. Où? qui le sait? leurs bras vers nous en vain se dressent. Oh ! ces pontons sur qui j'ai pleuré reparaissent,
ï. Roi des Lapithes, précipité par Jupiter dans le Tartare, et condamné à tourner éternellement une roue entourée de serpents, parce qu'il avait manqué de respect à Juaon.
Avec leurs entreponts où l'on expire, ayant .
Sur soi l'énormité du navire fuyant ! /
On ne peut se lever debout ; le plancher tremble ;
On mange avec les doigts au baquet tous ensemble.
On boit l'un après l'autre au bidon, on a chaud,
On a froid, l'ouragan tourmente le cachot.
L'eau gronde, et l'on ne voit, parmi ces bruits funèbres,
Qu'un canon allongeant son cou dans les ténèbres.
Je retombe en ce deuil qui jadis m'étouffait.
Personne n'est méchant, et que de mal on fait ! '
Quoi ! lorsqu'il s'agirait de sonder, ô vainqueurs,
L'obscur puits social béant au fond des cœurs.
D'étudier le mal, de trouver le remède.
De chercher quelque part le levier d'Archimède,
Lorsqu'il faudrait forger la clef des temps nouveaux,
Après tant de combats, après tant de travaux.
Et tant de fiers essais et tant d'efforts célèbres,
Quoi ! pour solution, faire dans les ténèbres,
Nous, guides et docteurs, nous les frères aînés,
Naufrager un chaos d'hommes infortunés !
Décréter qu'on mettra dehors, qui ? le mystère !
Que désormais l'énigme a l'ordre de se taire.
Et que le sphinx fera pénitence à genoux ?
Quels vieillards sommes-nous ! quels enfants sommes-nous'
Quel rêve, hommes d'état ! quel songe, ô philosophes !
Quoi ! pour que les griefs, pour que les catastrophes,
Les problèmes, l'angoisse et les convulsions
S'en aillent, suffit-il que nous les expulsions ?
Rentrer chez soi, crier : « Français, je suis ministre
Et tout est bien ! w tandis qu'à l'horizon sinistre.
Sous des nuages lourds, hagards, couleur de sang,
Chargé de spectres, noir, dans les flots décroissant.
Avec l'enfer pour aube et la mort pour pilote,
On ne sait quel radeau de la Méduse flotte ! ^
Quoi ! les destins sont clos, disparus, accomplis,
Avec ce que la vague emporte dans ses plis !
Ouvrir à deux battants la porte de l'abîme,
Y pousser au hasard l'innocence et le crime,
I. Allusion au naufrage du vaisseau /a Méduse, qui eut lieu en 1816. Cent quaranteneuf malheureux se réfugièrent sur un radeau construit à la hâte ; il fut aperçu après douze jours par un brick qui recueillit quinze mourants. Les autres étaient noyés, ou avaient été dévorés par les survivants.
302 — L'ANXEE TERRIBLE
Tout, le mal et le bien, confusément puni,
Refermer l'océan et dire : <( C'est fini ! »
Etre des hommes froids qui jamais ne s'émoussent,
Qui n'attendrissent point leur justice, et qui poussent
L'impartialité jusqu'à tout châtier !
Pour le guérir, couper le membre tout entier !
Quoi ! pour expédient prendre la mer profonde !
Au heu d'être ceux-là par qui l'ordre se fonde,
Jeter au gouffre en tas les faits, les questions.
Les deuils que nous pleurions et que nous attestions,
La vérité, l'erreur, les hommes téméraires.
Les femmes qui suivaient leurs maris ou leurs frères.
L'enfant qui remua follement le pavé.
Et faire signe aux vents, et croire tout sauvé
Parce que sur nos maux, nos pleurs, nos inclémences,
On a fait travailler ces balayeurs immenses !
Eh bien, que voulez- vous que je vous dise, moi.
Vous avez tort. J'entends les cris, je vois l'effroi.
L'horreur, le sang, la mer, les fosses, les mitrailles,
Je blâme. Est-ce ma faute enfin? j'ai des entrailles.
Etemel Dieu ! c'est donc au mal que nous allons ?
Ah ! pourquoi déchaîner de si durs aquilons
Sur tant d'aveuglements et sur tant d'indigences?
Je frémis.
Sans compter que toutes ces vengeances, C'est l'avenir qu'on rend d'avance furieux ! Travailler pour le pire en faisant pour le mieux. Finir tout de façon qu'un jour tout recommence. Nous appelons sagesse, hélas ! cette démence. Flux, reflux. La souffrance et la haine sont sœurs. Les opprimés refont plus tard des oppresseurs.
Oh ! dussé-je, coupable aussi moi d'innocence.
Reprendre l'habitude austère de l'absence.
Dût se refermer l'âpre et morne isolement.
Dussent les cieux, que l'aube a blanchis un moment.
Redevenir sur moi dans l'ombre inexorables.
Que du moins un ami vous reste, ô misérables î 1
Que du moins il vous reste une voix ! que du moins
Vous nous ayez, la nuit et moi, pour vos témoins !
Le droit meurt, l'espoir tombe, et la prudence est folle.
11 ne sera pas dit que pas une parole
N'a, devant cette éclipse affreuse, protesté.
Je suis le compagnon de la calamité.
Je veux être — je prends cette part, la meilleure — Celui qui n'a jamais fait le mal, et qui pleure ; L'homme des accablés et des abandonnés.
Volontairement j'entre en votre enfer, damnés. Vos chefs vous égaraient, je l'ai dit à l'histoire : Certes, je n'aurais pas été de la victoire, Mais je suis de la chute ; et je viens, grave et seul. Non vers votre drapeau, mais vers votre linceul.