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V. H. — POÉSIE II

322 — LA LEGEyPE DES SIECLES. Il

La nuit vient, et toujours, tremblant, pleurant, fuyant,

L'enfant effaré court devant l'homme effrayant.

C'est l'heure où l'horizon semble un rêve, et recule.

Clair de lune, halliers, bruyères, crépuscule.

La poursuite s'acharne, et, plus qu'auparavant

Forcenée, à travers les arbres et le vent,

Fait peur à l'ombre même et donne le vertige

Aux sapins sur les monts, aux roses sur leur tige.

L'enfant sans armes, l'homme avec son couperet.

Courent dans la noirceur des bois, et l'on dirait

Que dans la forêt spectre ils deviennent fantômes.

Une femme, d'un groupe obscur de toits de chaumes, Sort, et ne peut parler, les larmes l'étouffant ; C'est une mère, elle a dans les bras son enfant, Et c'est une nourrice, elle a le sein nu. ^^ Grâce ! » Dit-elle, en bégayant; et dans le vaste espace Angus s'enfuit. « Jamais! •> dit Tiphaine inhumain. Mais la femme à genoux lui barre le chemin. « Arrête ! sois clément, afin que Dieu t'exauce! Grâce ! Au nom du berceau n'ouvre pas une fosse ! Sois vainqueur, c'est assez; ne sois pas assassin. Fais grâce. Cet enfant que j'ai là sur mon sein T'implore pour l'enfant que cherche ton épée. Entends-moi; laisse fuir cette proie échappée. Ah ! tu ne tueras point, et tu m'écouteras, Chevaher, puisque j'ai l'aurore dans mes bras. Songe à ta mère. Eh bien, je suis mère comme elle. Homme, respecte en moi la femme. — A bas, femelle! o Dit Tiphaine, et du pied il frappe ce sein nu.

Ce fut dans on ne sait quel ravin inconnu

Que Tiphaine atteignit le pauvre enfant farouche ;

L'enfant pris n'eut pas même un râle dans la bouche ;

Il tomba de cheval, et, morne, épuisé, las,

Il dressa ses deux mains suppliantes ; hélas !

Sa mère morte était dans le fond de la tombe.

Et regardait.

Tiphaine accourt, s'élance, tombe Sur l'enfant, comme un loup dans les cirques romains. Et d'un revers de hache il abat ces deux mains Qui dans l'ombre élevaient vers les cieux la prière ; Puis, par ses blonds cheveux, dans une fondrière Il le traîne.

LA LEGENDE DES SIECLES. Il — 323

Et riant de fureur, haletant, Il tua l'orphelin, et dit : << Je suis content! Ainsi rit dans son antre infâme la tarasque.

Alors l'aigle d'airain qu'il avait sur son casque.

Et qui, calme, immobile et sombre, l'observait.

Cria : « Cieux étoiles, montagnes que revêt

L'innocente blancheur des neiges vénérables,

O fleuves, ô forêts, cèdres, sapins, érables.

Je vous prends à témoin que cet homme est méchant ! »

Et, cela dit, ainsi qu'un piocheur fouille un champ.

Comme avec sa cognée un pâtre brise un chêne,

II se mit à frapper à coups de bec Tiphaine ;

Il lui creva les yeux ; il lui broya les dents ;

Il lui pétrit le crâne en ses ongles ardents

Sous l'armet d'où le sang sortait comme d'un crible,

Le jeta mort à terre, et s'envola terrible.

5 août iHyô.

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